SACRIFICE BRAHMANIQUE, À BHAVAN.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

D'Atchibal à Martand, la route court entre des rizières arrosées par l'Arpat. On traverse la rivière sur un pont rustique, fait de deux arbres jetés d'une rive à l'autre, puis recouverts de branchages et de terre; et bientôt on atteint le karéva. En juillet, la moisson de blé est déjà faite. De grosses meules de gerbes s'entassent près des villages; sur les aires, des bœufs foulent les épis pour en faire sortir le grain. Dans les champs sont encore sur pied le lin déjà mûr et la plante annuelle qui fournit le coton (gossypium herbaceum). Dans les maïs et le millet picorent de nombreux couples de tourterelles grises, si peu farouches qu'elles ne se dérangent pas quand nous passons.

INTÉRIEUR DU TEMPLE DE MARTAND: LE REPOS DES COOLIES EMPLOYÉS AU DÉBLAIEMENT.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Non loin du village de Martand se dresse ce qui fut, il y a bientôt mille ans, le plus beau temple—ce qui reste encore aujourd'hui les plus belles ruines du Kachmir. Le site en est magnifique. Le monument s'élève au pied de la colline, à la naissance d'un de ces grands plateaux, de formation alluviale, qui bordent comme d'une frange de falaises toute la ceinture des montagnes et semblent bien être les restes du lit d'un ancien lac. Ici le karéva, de forme triangulaire et relevé à son extrémité, s'avance au-dessus de la plaine comme une énorme proue. À gauche, se prolonge obliquement la chaîne dentelée et encore neigeuse du Pantsal; à droite, trois ou quatre arêtes de montagne se profilent, les unes derrière les autres, de plus en plus estompées dans l'éloignement; et, devant vous, c'est toute l'heureuse vallée, avec les teintes claires de ses rizières, les taches sombres de ses feuillages, les lacis d'argent de ses fleuves; et ainsi à perte de vue, depuis les premiers plans qui sont verts, jusqu'aux plus lointains qui sont bleus. Imaginez enfin tout cela baigné dans cette belle lumière du Kachmir, à la fois si limpide et si vaporeuse, dans l'air léger des hauteurs. Que ce soit le matin, quand le soleil, se levant derrière vous, soulève les brouillards de la vallée, ou bien le soir, quand il noie les fonds dans la brume d'or du couchant, il est peu de plus beaux spectacles; et il ne serait pas moins difficile de trouver un meilleur cadre à ce merveilleux tableau que les hautes arches trifoliées, bâties par Lalitâditya à la gloire de sa divinité favorite, le Soleil.

Plus de mille ans ont passé, et les imposantes murailles sont toujours debout, au milieu d'une cour rectangulaire, bordée d'une colonnade et flanquée de quatre portes, dont la plus monumentale est celle de l'ouest. Si, le jour, les débris du temple ont encore grand air, la nuit, au clair de lune, ils reprennent, comme font souvent les ruines, un reflet de leur ancienne splendeur.... Ce soir-là, très haut dans le ciel d'un bleu de saphir, le croissant était suspendu, les cornes en l'air; l'azur foncé du zénith se dégradait peu à peu en un gris qui lui-même se teintait doucement, pour finir à l'horizon par une large bande rose. Sous l'ombre croissante, par l'ampleur des écroulements et par la massive élégance de ses lignes, le vieux temple hindou revêtait une majesté comparable à celle des ruines romaines. Deux colonnes, isolées et reliées encore par leur architrave, ajoutaient à l'illusion. Ce n'est pas un des moindres attraits du Kachmir que d'y retrouver jusqu'à des sensations d'Italie.