En attendant, ils campent dans une sorte d'île formée par deux bras de la rivière. Nous sommes naturellement allés les voir. Ils ont des tentes de tout genre, la plupart de simples abris drôlement fabriqués avec trois bâtons coupés dans la djangle, et un morceau de mauvaise étoffe. La palme appartenait sans conteste à un ascète presque nu, dont le logis avait pour dôme un parapluie, et un châle comme mur de clôture. Un autre, très vieux, portant une longue barbe blanche en pointe, l'air martial, très causeur, nous présente ses trois disciples et nous conte qu'il vient de Patiala, l'un des États indigènes du Pendjâb; nous prenons rendez-vous, là-haut, à la grotte.
Tannin, 18 août.
VALLÉE D'AMARNÂTH: VUE PRISE DE LA GROTTE.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Nous voici à Tannin depuis deux heures; le temps de souffler et de dîner. L'étape est rude depuis Palgâm. Nous sommes partis ce matin à sept heures après un dernier «bandobast», l'achat de quelques paires de poulahor ou sandales faites d'herbes tressées, et de kangris, la chaufferette nationale des Kachmiris. Deux paires de chaussures et un kangri coûtent 3 annas (30 centimes).
Tout le monde était en mouvement dans le camp des pèlerins. Les uns démolissaient leurs abris pour se draper dans la pièce d'étoffe qui, la nuit, leur servait de maison. D'autres, très affairés, allumaient de petits feux. Les plus matineux allaient à la rivière éteindre le bois qui devait leur servir le soir.
Les ponts rustiques passés, nous avons suivi, au flanc de la montagne, un sentier abrupt, juste assez large pour une personne. Deux heures après, nous étions à Preslang, misérable village, le dernier de la route et où l'on ne peut rien trouver.
À mesure qu'on avance, la vallée devient de plus en plus belle et sauvage. Le torrent se précipite entre des rochers énormes, formant, en certains endroits, jusqu'à trois étages de cascades. Sur la rive gauche, les hautes montagnes neigeuses sont couvertes de sapins, tandis que la rive droite, exposée au sud, est nue. Elle rachète sa nudité par les fantastiques découpures de ses pics granitiques. Ici, une mince aiguille, pointant droit vers le ciel, semble un clocher, tandis qu'à côté, on croirait voir quelque château fort ruiné ou bien encore le porche d'un grand temple.
Nous sommes campés au confluent de deux torrents, une réduction de Palgâm en plus sauvage, dans une clairière bordée de pins et de bouleaux. Les tentes sont comme adossées à la montagne que nous gravirons demain, dès l'aube. En attendant, ce soir, la lune éclaire le grandiose paysage, baignant de lumière le haut des falaises et les pics qui, de tous côtés, émergent des masses sombres des forêts.