PANDJTARNI ET LE CAMP DES PÈLERINS: AU FOND LA PASSE DU MAHAGOUXAS.—PHOTOGRAPHIE JADU KISSEN, À DELHI.

Zodji-Pâl, 19 août.

Au sortir du campement, nous avons commencé l'ascension de Pich-bal, la bien nommée «montagne de la Puce». C'est une falaise, haute d'au moins 500 mètres, et presque à pic. Le sentier monte tout droit dans les pierres, «par le chemin de l'eau»,—bien entendu quand elle descend pendant la fonte des neiges. C'est à peine si, de ci, de là, il esquisse quelques zigzags; ou bien des roches forment de hautes marches, sur lesquelles on se hisse comme on peut. Vus d'en haut, nos pauvres coolies faisaient pitié. Penchés vers la terre, sous le faix des kiltas et des tentes, qui ressemblaient assez à de grosses coquilles brunes ou blanches, ils se traînaient péniblement, pareils à des escargots malades. La ligne des arbres était déjà dépassée, et tout le monde se plaignait, plus ou moins, des nausées et des vertiges, premiers symptômes du mal des hauteurs.

Mais cette sorte de gigantesque seuil franchi, quelle joie pour la caravane de s'affaler pour souffler dans l'herbe fleurie! Nous avions, en effet, atteint le marg. La grande prairie alpestre ressemblait à un immense jardin rustique, où poussaient, pêle-mêle, pieds d'alouette, sainfoin, fumeterre, myosotis, campanules, prêles, et, ça et là, de grosses touffes de chardons jaunes, dont la tige atteint jusqu'à 3 mètres. Voilà une bien plate énumération; mais avec quels mots rendre le charme virginal et la fraîcheur de ces plantes des cimes, qui ne fleurissent que pour Dieu?

Le sentier court, à présent, à mi-côte, le long de la pente herbeuse, dans une sorte de large val. À gauche, au-dessus de nos têtes, surplombent de hautes falaises déchiquetées et convulsées, qui semblent vouloir nous écraser au passage. À droite, au-dessous de nous, la rivière s'engouffre sous des tunnels de neige ou s'en échappe en cascades, remplissant ces voûtes naturelles de poussière d'eau et de bruit. Çà et là, quelques bouleaux s'entêtent encore à pousser. Beaucoup sont couchés à terre par les avalanches, et leurs branches tordues et sans feuilles rampent comme des serpents d'argent. Ailleurs, tout un groupe échevèle ses branches nues, mort sans doute sous le couteau de l'écorceur. Par places, seulement, ils ont gardé leur beau feuillage vert sombre.

Soudain, sur la rive droite, une échappée s'ouvre sur de glorieux glaciers; nous campons juste en face, dans la prairie qui prête à nos tentes son moelleux tapis. Mais avec la nuit, la pluie et le froid tombent, et, pour nous chauffer, nous n'avons qu'un feu de bois de bouleau qui, lentement, noircit, et, par instants, fuse en étincelles, sans flamber.

Çecha-Nâg, 20 août.