LE KOH-I-NOUR ET LES GLACIERS AU-DESSUS DU LAC ÇECHA-NAG.—PHOTOGRAPHIE JADU KISSEN, À DELHI.
L'incident clos, on se hisse encore, en prenant la montagne en flanc, pour gagner la passe du Mahâgounas, «du grand Serpent». Elle est couverte de neige, ce qui n'a rien de surprenant; nous sommes à 14 000 pieds d'altitude. Nous peinons dans les pierres éboulées: une moitié de montagne est tombée dans la passe; le pandit veut qu'un coup de foudre ait déterminé l'éboulement. Beaucoup de pierres sont arrangées par trois ou quatre, en sorte de petites maisons comme les enfants en construisent. Chaque pèlerin en bâtit une et y dépose un sou, que les maliks de Bhatkote ramassent ensuite. Nous montons toujours. Çà et là, quelques edelweiss se montrent. Rien ne saurait rendre l'aspect désolé de cette passe entre ses deux murailles de granit sous le ciel gris; le vent qui la balaie nous glace jusqu'aux os. Un cairn en marque le faîte; nous accomplissons en passant le rite d'ajouter notre pierre au monceau. Puis nous descendons le long de pentes glissantes et couvertes d'herbes dans une nouvelle vallée, semblable à celle que nous venons de quitter, mais orientée, celle-ci, vers le nord, et qui déverse ses eaux, non plus dans le Lidar, mais dans le Sind.
GROTTE D'AMARNÂTH.—PHOTOGRAPHIE JADU KISSEN, À DELHI.
La pluie nous a rattrapés en chemin; la voilà bientôt qui se change en neige fondue, puis en neige véritable. Les coolies sont bien loin derrière. Nous nous arrêtons à la première place où l'on puisse songer à camper, près de Kêl-Nàr, la «gorge de l'Ibex». J'attends là deux mortelles heures, sous la neige, les tentes, qui n'arrivent toujours pas. Les voici enfin, on les monte à la diable. Rien à tirer de nos gens. Les domestiques hindous, qui n'avaient jamais vu tomber de neige, sont positivement atterrés. Les coolies, qui ont pourtant de bonnes couvertures de laine, pleurent, disant qu'ils vont tous mourir. Deux d'entre eux manquent à l'appel, et la nuit vient. Deux autres de leurs camarades consentent, moyennant un gros bakchich, à se mettre à leur recherche. Pour comble, pas de bois pour faire du feu; tout au plus peut-on, avec une lampe à alcool, me préparer une tasse de thé. J'ordonne une distribution générale de sucre, qui est considéré ici comme un «aliment chaud», je fais mettre les coolies sous la double toile et jusque dans les «bathrooms» des tentes, où, toute la nuit, ils grognent, grouillent, geignent, accroupis sur la terre détrempée de la prairie. Les pieds de mon lit de camp s'y enfoncent, pendant que les bâtons de la tente plient et craquent sous le poids de la neige qui charge la toile.
Pandjtarni, 22 août.
La neige a continué à tomber une partie de la nuit; mais ce matin, quel beau soleil étincelait sur les neiges nouvelles, et avec quel plaisir bêtes et gens s'y chauffaient! Cela a rendu courage à tout le monde, et il se trouve qu'après tout personne, pas même les poulets que nous traînons après nous, n'est mar-gaya, «allé mort».