«Avez-vous, lui dis-je, beaucoup d'ouvriers?

—17 000, répondit-il, dans mes filatures....»

Et immédiatement, comme il voyait ma surprise:

«Que voulez-vous? Ici, avec 100 000 francs de revenu par an, on n'est pas riche. Il faut au moins 300 000 francs.»

Ainsi, qu'il organise dans ses filatures un économat, car les ouvriers mêmes ne seraient pas capables de former «l'artel»; qu'il établisse, comme veut la loi, des hôpitaux et des écoles, qu'il paie un médecin pour ses travailleurs, il n'en reste pas moins qu'il faut les exploiter pour mener à Moscou la grande vie occidentale. Nombre d'ouvriers sont payés, là-bas, 4 roubles par semaine, des apprentis 30 kopecks. Et le patron fait cela avec naïveté; il ne s'étonne pas de leur patience, de leur résignation; l'ouvrier n'est-il pas content, avec un petit verre de vodka?

Le moujik vole et ment innocemment; le grand marchand du XIXe siècle, méprisant les vieilles coutumes, vêtu à la mode et rasé, est resté vraiment «moujik de commerce», comme disait Ivan le Terrible; il exploite innocemment. Le sens moral n'est pas très développé dans toutes les âmes russes, depuis le prince Dolgoroukow jusqu'aux plus humbles paysans.

Mais le riche Moscovite n'a pas gardé les traditions pieuses et les saints usages; il n'aime plus en Moscou la ville religieuse, il ne se laisse pas pénétrer par son activité dévote. Il a les yeux fixés sur l'étranger, pour l'imiter ou pour le combattre, et n'a plus d'amour pour la sainte Mère.

Cependant cette classe est forte. Au milieu d'un peuple indolent, qui n'a d'énergie que pour supporter, la bourgeoisie moscovite a de l'initiative.