Du bazar, au contraire, c'était la foire, le confluent de l'Oka et de la Volga qu'on dominait: l'Oka toute proche, contre la colline, la Volga plus lointaine et plus mystérieuse, quand elle surgissait de la demi-incertitude de l'horizon. Au fond, bordant l'Oka ou se répandant entre les deux fleuves, des forêts faisaient une bande bleue. Un de ces incendies, si fréquents en Russie, poussait tout haut, dans l'air sans souffle, une masse blanche de fumée, qui se confondait avec les nuages. À la lisière des bois, des cheminées d'usine limitaient la foire, c'est-à-dire la ville immense étendue là, dont elles préparaient le trafic. Puis la nappe enveloppante des deux fleuves contenait la multitude des toits verts qui abritaient le grand marché; au-dessus, l'église et la maison centrale se dressaient. Sur l'Oka, parmi le fourmillement des barques, des remorqueurs et des chalands, un large pont de bois barrait les eaux. De longues files de chariots, aux dougas bariolés, les blouses rouges des hommes du peuple, les tramways électriques, faisaient, tout au travers, des lignes parallèles. Sur le flanc de la colline, coupé par la raie jaune d'une allée bien sablée et garnie de bancs, des wagons funiculaires montaient et descendaient, de la ville nouvelle à l'ancienne, du marché à la citadelle.
(À suivre.) Albert Thomas.
LE CHAR FUNÈBRE ÉTAIT BLANC ET DORÉ (page [194]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE DE M. THIÉBEAUX.
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TOME XI, NOUVELLE SÉRIE.—18e LIV. No 18.—6 Mai 1905.
À NIJNI, TOUTES LES RACES SE RENCONTRENT, GRANDS-RUSSIENS, TATARS, TCHERKESSES (page [208]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE DE M. J. CAHEN.