Mais la foule se pressait vers le ponton, plus bruyante un peu, car l'heure du départ approchait; la cloche sonna trois fois, et le Sviatoslav repartit, du mouvement régulier de ses palettes.

Au soir du même jour, après le confluent de la Kama, au moment où les rives du fleuve devenaient moins nettes et que ses eaux abondantes semblaient vouloir envahir la plaine, le bateau parut incertain de sa route, il tourna sur lui-même, accosta près d'un bateau noir, en fer, surmonté seulement d'une pompe à bras, où des moujiks attendaient. C'était le réservoir de pétrole.

Un passeur nous a conduits sur la rive, et nous l'avons suivie quelque temps pendant l'arrêt.

La berge était plus haute que de coutume sur la rive gauche; elle montait doucement, par une pente couverte de buissons, d'arbustes et de fleurs. Un isba était là, tout proche; nous avons voulu le visiter.

SUR LA BERGE, DES TARANTASS ÉTAIENT RANGÉES (page [216]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHE DE M. THIÉBEAUX.

Un vieux moujik se tenait à la porte, vendant des fruits, du pain et du poisson. Orloff entra sans lui demander la permission.

Il y avait deux salles, de plafond peu élevé, séparées par une cloison de bois; mais, perçant la cloison, des deux côtés le poêle s'étendait. C'est sur ce poêle que la famille russe couche pendant l'hiver. Dans la première salle, il y avait des tonneaux, des écuelles, des pots, de grands coffres en bois, les ustensiles de la vie quotidienne, jetés là pêle-mêle dans un coin. L'autre était la chambre; point de lit, point d'autres vêtements: le moujik a sur lui toute sa garde-robe. Tout autour de la salle, des bancs étaient fixés, assez larges, où l'on couche pendant l'été; il y avait aussi des tables, quelques verres, et sous les lueurs du soleil couchant, deux samovars étincelaient. Une vieille femme alignait des pains noirs sortant du four; elle nous reconduisit, vint avec nous sur le seuil de la porte. Entre le plafond et le toit de l'isba, dans un grenier ouvert à tous les vents, on apercevait les tonneaux et les pots de grès qui servent à fabriquer le kvass ou à préparer le chtchi, le fameux potage aux choux aigres.