Avec les appartements de quelques fonctionnaires et la bibliothèque, l'Université contient encore des salles de clinique, de curieux musées de géologie et d'archéologie. Nous nous sommes promenés dans les couloirs, dans les salles où pénétrait librement la clarté du jour; lorsqu'on regardait par la fenêtre, les yeux se reposaient sur le feuillage vert tendre des bouleaux. Un calme profond, le silence d'un grand couvent. Le jeune homme blond qui nous conduisait marchait d'un pas lent et respectueux. Nous avons visité une sorte de parloir, de salle de réception, où le tzar s'est arrêté pendant son voyage de tzarévitch à travers l'Asie, et où il a laissé son portrait avec sa signature: le guide nous fit découvrir. Enfin, tout au bout de longs couloirs, et comme dominant tout le reste, la chapelle.
L'Université dépendait de l'État, de l'État religieux et autocratique, mais l'État, c'était ici la grande puissance qui colonisait.
LES CLINIQUES DE L'UNIVERSITÉ DE TOMSK (page [238]).—PHOTOGRAPHIE EXTRAITE DU «GUIDE DU TRANSSIBÉRIEN».
Lorsqu'on errait à travers les rues de la ville, dont les maisons basses semblaient toujours provisoires, la cathédrale de pierre, qui était presque achevée, le palais du gouverneur, les nombreuses administrations du chemin de fer, des voies fluviales et des routes, et même le bureau de poste, dans son haut pavillon de bois, nous apparaissaient au contraire comme les points solides où s'appuyait l'activité des colons. Lorsque nous voyagions de bureau en bureau pour avoir des renseignements, nous avions plaisir à passer dans ces antichambres un peu solennelles, avec leurs huissiers cérémonieux, avec leurs glaces et leurs grands escaliers de bois, à pénétrer dans le bourdonnement de ces salles où retentissaient plus haut la sonnette du téléphone et les petits coups secs des appareils télégraphiques, ou bien dans le silence de ces bureaux, dont les tables étaient surchargées de cartes, de mémoires, de rapports, imprimés ou manuscrits, et où travaillaient de hauts fonctionnaires toujours bienveillants. Quelle joie, encore, dans ce bureau tumultueux de la poste, où l'on apercevait, courbées sur les appareils, des jeunes filles, serrées dans leurs dolmans à boutons de métal, attentives, comme si elles avaient eu conscience de la valeur de leur tâche! Sans doute, nous connaissions les habitudes anarchiques de l'administration russe; à l'heure même, nous eûmes à en souffrir, mais nous ne pouvions nous empêcher d'imaginer le rôle de cette colonisation officielle qui, dans un État renouvelé, compléterait et grandirait l'autre. C'est qu'elle était gigantesque la besogne qui revenait à l'État, le Transsibérien d'abord, la grande ligne qui avait pénétré le pays; les commissaires d'émigration qui préparaient et réglaient le voyage des paysans; les ingénieurs qui hâtaient la construction des embranchements nouveaux, qui allaient faire des forages dans le steppe pour trouver l'eau nécessaire; les enquêteurs qui reconnaissaient la qualité des terres, les mœurs, le tempérament des habitants primitifs; les agronomes qui faisaient le partage du sol, tout ce peuple de fonctionnaires dépendait forcément du Gouvernement central.
LES LONGS BÂTIMENTS BLANCS OÙ S'ABRITE L'UNIVERSITÉ (page [237]).—PHOTOGRAPHIE EXTRAITE DU «GUIDE DU TRANSSIBÉRIEN».
Paysans, hautes classes, État, trois forces associées dans la même œuvre. Mais de ce qu'il y a fatalement collaboration, il doit s'ensuivre une révolution profonde dans l'État russe.