THORSHAVN APPARUT, CONSTRUITE EN AMPHITHÉÂTRE, AU FOND D'UN PETIT GOLFE.
Tout près de là, le port, combien rudimentaire et sordide! Ce n'est qu'une petite anse, qu'aucune construction n'autorise à appeler port. Les têtes décapitées des morues pourrissent par terre, en tas. Sous un hangar, il y a des amas d'une laitance jaune-rose qui servira à amorcer d'autres pêches. Le toit de métal de la sécherie de poissons est couvert de petites morues ouvertes et vidées: des triangles blanchâtres avec une bande transversale grise, et qui exhalent une odeur désagréable.
LES FERMIERS DE KIRKESOE EN HABITS DE FÊTE (page 528).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Tout, ici, rappelle les âges antérieurs tels que les évoquent les vieilles sagas. À peu d'exceptions près, les Feroïens, comme jadis, n'ont pas de nom patronymique. Ils n'ont qu'un prénom, et celui de leur père leur tient lieu de nom de famille; ils s'appellent, par exemple: Hanssen, Jenssen ou Arnoldsen (fils de Hans, de Jens, d'Arnold). Les prénoms les plus usités sont: Olaf, Jakob, Peter, Ole, Bille, Nils, Andreas, Jens, Isak, Harald; et pour les filles: Nicline, Elsa, Conradine, Karen, Thurid, Olufa, Sigrid, Olewine, Gudrid, Gudrun, Maren, Astrid, Borgil. Cela seul suffit pour vous dépayser.
De quelle vie âpre et monotone, misérable et presque sauvage vivent les insulaires! Pas d'autre bétail que des moutons dont des corbeaux innombrables disputent aux hommes les agneaux; car il n'y a pas de bergeries, les animaux vivant dehors, en liberté.
Il en est de même des poneys, qu'on n'a jamais pu monter. Peut-être n'a-t-on pas essayé de les dresser: en Islande, les petits chevaux de même race sont très apprivoisés et se laissent parfaitement seller. Aux Feroé, c'est tout au plus s'ils servent au transport de la tourbe et des poissons secs dont on remplit des caisses en bois ficelées sur des bâts grossiers. La plupart du temps, le poney feroïen est un animal ni utile ni nuisible, qui galope dans les landes sans que personne se soucie de lui.