Ce sont les moutons qui ont valu aux îles leur nom de Feroé. Dans la langue scandinave du XIIe siècle, fœr voulait dire brebis, et ey île. D'après d'autres étymologistes, le nom des Feroé signifierait: îles lointaines.

Le docteur Bourel-Roncière dit que les Feroé sont connues depuis une vingtaine de siècles au moins. En tout cas, Pline parle d'elles, et les appelle Electrides ou l'Ultime Thulé. Il faut avouer toutefois que sur cette époque primitive les documents sont plutôt rares.

Au Moyen Âge, les pirates normands y faisaient escale, et ce furent probablement eux qui y acclimatèrent les moutons, dont ils laissèrent des troupeaux pour leur ravitaillement.

La postérité de ces hardis pirates a bien dégénéré. Le Feroïen moderne, uniquement préoccupé du souci de sa vie matérielle et obstinément réfractaire au progrès, s'entête dans sa routine séculaire. Ce que faisaient ses pères était bien fait; point n'est besoin d'inventions nouvelles qui sont peut-être meilleures, peut-être pires. Ainsi, le marin feroïen s'embarque sur des yawls ou de petits voiliers d'une forme gracieuse et surannée, il se sert des mêmes engins de pêche que ses ancêtres: lignes, hameçons, filets, pendant que les trawlers de Grimsby, de Hull, d'Aberdeen emploient des chaluts perfectionnés qui commettent d'irréparables dégâts, car, tout en ramassant profusément les harengs et les morues, ils arrachent les herbes marines, anéantissant de la sorte les millions d'œufs qu'y dépose chaque femelle.

Les indigènes voient d'un mauvais œil ces étrangers qui viennent s'enrichir à leurs dépens. Et ils traitent volontiers de voleurs et de brigands les habiles pêcheurs qu'ils voient s'éloigner au bout de peu de semaines avec un butin qui peut être évalué de 300 à 1 000 livres.

Pour obvier au danger de dépopulation des mers feroïennes, le Gouvernement danois avait édicté des lois prohibant aux chalutiers de pêcher à moins de 3 milles des côtes, sous peine de détention des engins de pêche, du poisson capturé, et d'une amende de 20 à 400 couronnes (une couronne vaut 1 fr. 40). La loi du 8 juillet 1902 a porté l'amende de 200 jusqu'à 2 000 couronnes; à 4 000 couronnes et à la confiscation du chalutier, s'il y a récidive.

La vie des Feroïens est âpre et sévère; mais ils ne sont pas très à plaindre, car, ne soupçonnant pas d'autre existence que celle qu'ils mènent, ils ne peuvent pas faire les comparaisons qui leur révéleraient combien misérable est leur sort.

Les vieux se souviennent comme d'un affreux cauchemar de leurs misères passées, et de l'existence lamentable que supportèrent leurs grands-parents. Les Feroïens furent opprimés pendant une partie de leur histoire; les vainqueurs les tyrannisaient et les exploitaient: interdiction, sous peine d'emprisonnement et d'amendes disproportionnées, de vendre, d'acheter ou d'échanger quoi que ce soit, hors des magasins royaux.