LES PONEYS FEROÏENS ET LEURS CAISSES À TRANSPORTER LA TOURBE (page [519]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
La misère était grande. Les marchands royaux imposaient des tarifs arbitraires, donnant des prix dérisoires des produits locaux, évaluant par contre à des sommes exorbitantes leurs propres marchandises. Comme il s'agissait d'objets de première nécessité, les Feroïens étaient obligés de subir les conditions qu'exigeaient ces rapaces; et, tout en trimant comme des forcenés, ils vivaient mal. D'abord, s'insurgeant contre les lois draconiennes qu'édictaient leurs tyrans, ils bravèrent leurs maîtres; les exactions de ceux-ci légitimèrent les fraudes et les révoltes; mais, durement furent réprimées toutes velléités d'indépendance. Les Feroïens s'étant fait apporter clandestinement par les matelots des marchandises, les cachèrent sous les toits, les marches de l'escalier, ou dans l'épaisseur des murs. Ces subterfuges ayant été découverts, on châtia les malins comme s'ils avaient commis des crimes. Et, découragés, les vaincus se laissèrent dépouiller.
Depuis 1874 seulement, le commerce est libre. Le roi Christian de Danemark a abrogé toutes les ordonnances vexatoires. Aujourd'hui, la métropole est maternelle aux Feroïens. Elle les administre sagement, tout en respectant leurs libertés. Elle leur envoie un amtmand (gouverneur ou préfet), un sorenskriver, des baillis. Les médecins, les pharmaciens sont des fonctionnaires danois. Et Copenhague contribuera probablement à l'installation du télégraphe Marconi, installation dont les Anglais veulent prendre l'initiative.
Mais les Feroïens sont restés déprimés et meurtris de trop de coups si longtemps supportés. Les longues persécutions acharnées leur ont donné une empreinte indélébile de résignation abrutie, et ce je ne sais quoi d'effarouché, de «chien battu», qu'ont les créatures qui, de génération en génération, vécurent en supportant de si dures privations, et furent traquées sans merci.
LES DÉNICHEURS D'OISEAUX SE SUSPENDENT À DES CORDES ARMÉES D'UN CRAMPON (page [524]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Ils ont de mornes habitudes, sans désir d'amélioration ni de changement. La situation actuelle ne représente-t-elle pas d'ailleurs à ces esprits peu exigeants le nec plus ultra? Leur imagination ne leur peint rien.
Le Feroïen vit strictement, sans but ni intérêt:
«Il respire
Pour respirer, sans plus, et ne songer à rien.»