DES ÎLOTS ISOLÉS, DES FALAISES DE BASALTE RUINÉES PAR LE HEURT DES VAGUES (page [517]).—D'APRÈS DES PHOTOGRAPHIES.
Les femmes, qui sont de taille moyenne et plutôt trapues, portent une robe en vadmel, sorte de flanelle tissée avec la laine qu'elles-mêmes ont cardée et filée. Elles se coiffent d'un fichu tricoté ou d'un chapeau de paille dont la calotte est simplement entourée d'un ruban vert ou brun clair. Les hommes ont une veste à boutons de métal, une culotte en vadmel, des sandales en peau de phoque ou de mouton; leur coiffure, à mille raies bleues et rouges, est d'une forme mal définie: chacun la plie ou la roule à son gré, en fait un colback ou un bonnet de police, un bonnet de coton ou une casquette de cocher de diligence, un bonnet phrygien ou napolitain. Toute la population, qui est blonde, avec un visage très coloré, est entassée dans la sombre petite salle de bal. Ils dansent, ou plutôt ils tournent. Pas d'orchestre, pas même un crincrin ou un accordéon: hommes et femmes se tenant par la main dansent des rondes en chantant les sagas traditionnelles qui célèbrent les héros et les dieux, les Wikings ou enfants des anses, le Walhalla où les Valkyries servent aux Ases l'hydromel et la chair inépuisable du sanglier Skrimmer. Quand l'air est triste, ils vont lentement; ils courent, se tirant les uns les autres, quand la musique est joyeuse et accompagne un poème d'amour ou un chant de victoire. Ils s'ébattent lourdement, s'amusent avec une gravité comique. On dirait plutôt des êtres qui accomplissent un devoir fastidieux, que des jeunes gens qui se divertissent.
En deux occasions seulement, les Feroïens se montrent admirables de vitalité, de vaillance et d'énergie. Il est vrai qu'il s'agit d'assurer leur subsistance de l'année.
ON POUSSE VERS LA PLAGE LES CADAVRES DES DAUPHINS, QUI ONT ENVIRON 6 MÈTRES DE LONG (page [525]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Leurs instincts ataviques se réveillent lorsqu'il s'agit d'aller aux Fuglebjerg, ou îles d'oiseaux.
Pour escalader les rochers escarpés, les dénicheurs d'oiseaux emploient des cordes terminées par des crampons ou des nœuds coulants, qu'ils jettent de terrasse en terrasse; ils vont aux grottes profondes où s'abritent les oiseaux, pour récolter les œufs et le duvet qui remplissent les nids. C'est un métier dangereux: le moindre risque qu'on y court est de s'y rompre bras et jambes.
Mais c'est surtout à l'époque des grands massacres de dauphins, que les Feroïens s'en donnent à cœur-joie; leur exubérance passagère contraste violemment avec leur indolence naturelle. La chasse aux dauphins exige peut-être moins de souplesse et d'agilité, mais plus de violence, et tout autant de sang-froid que le dénichage des oiseaux.