NOTRE DJIGHITE, SORTE DE GARDE ET DE POLICIER (page [467]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Les chevaux valent une trentaine de roubles environ; les juments à lait jusqu'à quarante et cinquante. Mais les maquignons auxquels nous nous adressâmes, nous en demandèrent tout de suite le double, nous traitant en étrangers. Nous les déroutâmes bientôt par un petit stratagème. Nous fîmes répandre le bruit que nous allions nous rendre ailleurs, et, pour donner plus de créance à ce bruit, nous apprêtâmes les voitures. Cela fit son effet. Depuis lors, pendant toute la journée, et plusieurs jours de suite, tous les chevaux de la ville et des environs défilèrent devant nos yeux, dans la cour de la maison. Nous n'avions qu'à choisir. Nous en prîmes douze: six pour la selle, et six pour le bât.
On ne peut imaginer les ennuis de toutes sortes que demande l'organisation d'une petite caravane dans un pays où l'on ne peut se faire comprendre que par l'intermédiaire de tierces personnes. Heureusement pour nous, Abbas se multipliait avec une abnégation et une honnêteté extraordinaires, et M. Kross nous pilotait dans les magasins de la ville.
Le bazar de Prjevalsk est très fréquenté par les Kirghizes et par les caravaniers qui font la navette entre Viernyi et Kachgar, en passant par les cols de Djououka et de Bedel. En dehors de ce peu de commerce, la ville est sans importance.
Les environs sont très fertiles, riches en pâturages, en céréales et en arbres à fruits; seulement, on ne cultive que pour la consommation locale. On n'exporte guère que de l'opium, de la laine et quelques fourrures. Avec le chemin de fer Transasiatique, le bassin de l'Issik-Koul acquerra un développement considérable, car le terrain, formé d'alluvions, est des plus productifs. L'eau est plus que suffisante, les vallées foisonnent de gibier, et les montagnes recèlent de vastes gisements miniers. En dehors de ces ressources, le pays est très sain, d'une captivante beauté, tout en ayant un climat tempéré.
LE MONUMENT DE PRJEVALSKY, À PRJEVALSK.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Avant de quitter la ville, nous allâmes déposer une gerbe de fleurs sur la tombe du grand explorateur Prjevalsky, qu'un modeste monument rappelle à la postérité à l'endroit même où il succomba. Il se trouve tout près du lac, sur le haut d'une falaise, isolé au bord du steppe. L'emplacement ne pouvait être mieux choisi pour recevoir le corps de celui qui passa la moitié de sa vie à errer dans les solitudes de l'Asie centrale. Une pyramide en rocaille supporte un aigle aux ailes éployées, tenant dans ses serres une croix orthodoxe et une chaîne brisée, pour indiquer que la civilisation russe a supprimé l'aveugle fatalisme qui retenait les populations dans la barbarie. Vers la moitié du socle émerge le médaillon du célèbre savant, avec des inscriptions rappelant ses exploits. À côté du monument, la pierre tombale est entourée d'un parterre de fleurs, qu'un jardinier entretient constamment.