UN DE NOS CAMPEMENTS DANS LA MONTAGNE.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
VOYAGE DU PRINCE SCIPION BORGHÈSE AUX MONTS CÉLESTES[1]
Par M. JULES BROCHEREL.
II. — La vallée de Tomghent. — Un aoul kirghize. — La traversée du col de Tomghent. — Chevaux alpinistes. — Une vallée déserte — Le Kizil-tao. — Le Saridjass. — Troupeaux de chevaux. — La vallée de Kachkateur. — En vue du Khan Tengri.
MONTÉE DU COL DE TOMGHENT.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Le 12 juillet nous sommes debout dès cinq heures. Mais il faut faire et prendre le thé, assembler les chevaux, trier les bagages et les charger; il est bien sept heures quand nous levons le camp pour quitter la pauvre bourgade kozaque d'Aksouïskijie.
Pendant qu'on démarre, nous croisons d'innombrables caravanes de Kirghizes, qui émigrent vers les monts Alexandre, à la recherche de nouveaux pâturages. Ces longues files d'hommes, de femmes et d'enfants, montés sur des chevaux, des chameaux ou des bœufs; ces milliers de brebis s'avançant comme une marée vivante; ces centaines de chevaux aux robes multicolores, de tous les âges et de toutes tailles; ces bandes de chameaux attachés les uns aux autres, disparaissant sous les objets les plus divers, et procédant d'un pas uniforme; enfin ce confus clapotement des sabots sur le gravier de la route, mêlé aux hennissements des poulains appelant leurs mères, aux bêlements des agneaux, aux cris déchirants des dromadaires, aux sifflements et aux appels des bergers,... tout cela forme un spectacle unique: c'est un défilé féerique, propre à frapper et à émouvoir les gens les plus blasés.