Suivant l'enquête que nous avions faite à Prjevalsk et selon les indications de la carte russe dont nous étions nantis, le 18 juillet nous devions être tout près du pic, nous trouvant à une vingtaine de verstes du point terminus de la vallée du Saridjass, où il était placé. Nous brûlions de le voir et de l'étudier, même d'une certaine distance, impatients de présenter nos hommages à cette mystérieuse souveraineté, qui, depuis des mois, hantait notre esprit.

Nous décidâmes donc d'escalader un pic quelconque de la vallée de Kachkateur, mais dont l'élévation fût assez considérable pour jouir d'une vaste étendue de montagnes. À dix heures, nous arrivons sur le col de Kachkateur, passage très fréquenté par les nomades qui s'adonnent à l'élevage des chevaux sur le plateau du Saridjass. De ce col, en suivant la vallée de Kokdjart, on arrive aux villages de Tald-boulak, de Dgilkarkara et de Kheghen.

Au sud du col, s'élevait une blanche pyramide de glace, dont les angles se hérissaient de rochers. C'est par là que nous dirigeâmes nos pas, et au bout de deux heures nous atteignîmes sans difficulté aucune le sommet, formé par une calotte de neige surplombant en une gigantesque corniche la vallée de Kapkak.

PANORAMA DU MASSIF DU KHAN TENGRI.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

En ôtant nos lunettes à neige pour mieux voir, nous éprouvâmes un douloureux éblouissement qui nous contraignit à fermer instinctivement les yeux. Jamais, jusqu'alors, nous ne nous étions trouvés au milieu d'un pareil scintillement de neige, d'une fulguration de glaces aussi intense. Partout où le regard pouvait plonger ou s'arrêter, il ne distinguait qu'une succession chaotique de pics, d'arêtes, de dômes, d'aiguilles, un moutonnement infini de montagnes recouvertes de neiges, enchevêtrées les unes dans les autres et se dirigeant en tous sens.

ENTRÉE DE LA VALLÉE DE KACHKATEUR.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.