Le soir, on campa en face de la vallée d'Adeurteur, dont le glacier s'appelle de Mouchktoff, en l'honneur d'un officier russe du même nom, qui, le premier, entrevit le plateau du Saridjass.

Le lendemain matin, même surprise que la veille. Pendant la nuit, la neige était tombée drue sur nos tentes. À la première heure, des hennissements déchirants et un piétinement accéléré de sabots nous firent sursauter dans nos sacs. C'était une avalanche effrénée de chevaux, descendant des coteaux supérieurs chassés par une tourmente de neige.

À midi, nous nous acheminons, toujours sur le même versant, qui augmente peu à peu sa déclivité et s'approche de plus en plus de la ligne des vraies montagnes. Nous longeons plusieurs mares d'eau peuplées par des colonies de canards sauvages. Piotra, notre jeune colon russe, se met en devoir d'attraper quelques-uns de ces volatiles; dépouillé de vêtements, il se dissimule entièrement dans l'eau, et saisit par les pattes les pauvres bêtes qui, ne se doutant pas de sa présence, passaient à la portée de sa main. Entre temps, le djighite s'est informé auprès des bergers, et découvre finalement un passage pour franchir la montagne. C'est le col de Tuz. En hâtant un peu le pas, nous arrivons le soir, à l'embouchure de la vallée du même nom.

(À suivre.) Jules Brocherel.

LA VALLÉE DE TOMGHENT.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

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TOME XI, NOUVELLE SÉRIE.—41e LIV. No 41.—14 Octobre 1905.