Le vallon de Tuz se divise en trois combes. Nous prenons par celle de droite; les autres sont impraticables. Des traces de sentier nous conduisent rapidement aux premiers éboulis, au bas d'un énorme bastion de roches caverneuses. Il y a bien un semblant de chemin qui côtoie en rampant les escarpements bouleversés de la montagne, qu'on distingue de loin aux pierres remuées par les fréquentes traversées des caravanes, et qui se détache comme une longue bande claire sur la teinte ferrugineuse du sol. En réalité, c'est une parodie de sentier, car nous avançons avec beaucoup de peine, les cailloux qui jonchent le sol roulant avec une facilité extraordinaire.
Zurbriggen, qui nous a devancés, s'est placé en statue équestre sur le haut du bastion. Quand nous parvenons à lui, il secoue tristement sa barbe rousse, malmenant la pipe éteinte au coin de sa bouche. C'est un mauvais présage.
LE MASSIF DU KIZIL-TAO (page [486]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
«Par où passerons-nous?» nous dit-il en promenant son regard sur l'amphithéâtre de rochers et de glaces qui nous fait face à quelques centaines de mètres.
Nous appelons le djighite. Celui-ci nous indique une raie foncée qui traverse le glacier du milieu.
«Vot doroga!—Voilà le chemin—nous répond-il en russe. Djol djâman!—C'est très mauvais», ajoute-t-il dans son dialecte.
Près de nous, un petit lac recueille les eaux de trois glaciers, qui, bien que de petites dimensions, sont presque tous découverts, et d'une inclinaison assez alarmante. Mais «le chasseur», prenant par la bride deux chevaux, a déjà escaladé la moraine frontale. Nous le suivons sans savoir au juste ce que nous allons faire. Avec un courage un peu téméraire, nous hissons toutes les bêtes sur le sommet du pierrier, où elles ont bien de la peine à se tenir debout, tant la place est exiguë et le sol glissant, à cause du suintement du glacier.