JE PHOTOGRAPHIAI LES KIRGHIZES DE KAËNDE QUI S'ÉTAIENT, POUR NOUS RECEVOIR, ASSEMBLÉS SUR UNE ÉMINENCE.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

6 août.—La vue du Khan-Tengri nous donne un regain d'enthousiasme. Il nous semble même que son ascension n'est aucunement dangereuse. Il suffirait d'aller camper à sa base et d'attendre le moment propice pour en effectuer l'escalade. Seulement, il faut que le temps se mette au beau, sans quoi on ne pourrait y arriver.

Aujourd'hui on flâne tout comme les Kirghizes, et, pareils à des enfants, nous nous roulons sur le gazon. Après un surmenage physique et une longue tension de nerfs, on aime à s'allonger parmi les herbes, et à regarder courir les nuages pendant que les muscles se détendent et que le sang reprend son rythme habituel. C'est d'une hygiène bien entendue.

Le lendemain nous partons pour l'aoul de Kaënde. Les Kirghizes viennent nous accompagner jusque sur le col d'Oustchiar. Nous refaisons le chemin du 28 juillet; puis nous suivons le flanc gauche de la vallée, en douce déclivité et recouvert de pâturages, entremêlés de bois de sapins.

Au soleil couchant nous atteignons le campement des nomades. Ceux-ci, assemblés sur une éminence, nous accueillent avec des salams et des baïs qui n'en finissent plus. Le chirtaï nous fait dire que lui, sa famille et sa tribu sont très heureux de nous avoir pour hôtes. Il nous prie de rester pendant quelques jours, ce que nous acceptons de bon cœur.

L'aoul de Kaënde compte environ cent cinquante individus, partagés en une vingtaine de tentes.

Abbas nous ayant dit que le chirtaï avait sa fille fiancée, nous faisons tant et si bien, qu'on nous la laisse voir et portraiturer. Mais, avant de se présenter, elle se fait une toilette en règle, endossant ses plus beaux atours. Elle est toute jeune, et très grande pour son âge. Mais, bien qu'elle soit habillée en soie, chamarrée de bijoux aux doigts, aux poignets et aux oreilles; qu'elle porte des bottines richement travaillées et qu'elle se coiffe d'une toque en fourrure avec une aigrette de plumes blanches, elle reste toujours une vilaine Kirghize, avec des yeux bridés, des pommettes saillantes et un nez épaté. Il s'en faut de beaucoup que cette jeune personne excite notre admiration.

Elle est promise au kaltchè—ou chef—de la vallée d'Irtach, un des plus riches nomades de la contrée. Mais, avant de prendre possession de ce trésor, celui-ci devra soustraire pas mal d'unités du nombre de ses troupeaux. Le chirtaï, appuyé par ses deux fils célibataires, avait été d'une exigence extrême: le jour du mariage, l'époux devra lui amener 40 chameaux, 400 chevaux et 5 000 moutons, sans compter une foule d'autres petits cadeaux secondaires. Ce que c'est que d'être la fille d'un chef, et d'avoir treize ans!