9 août.—Après quelques heures de marche nous arrivons au glacier de Kaënde et nous prenons par la moraine de gauche pendant deux ou trois verstes. Le chaos de blocs s'épaississant de plus en plus, nous ne croyons pas devoir pousser plus loin et nous cherchons un emplacement pour notre camp. Nous le trouvons dans une ride de la côte de la montagne, entre deux torrents dévalant des glaciers supérieurs.
L'endroit est pourvu de tout le nécessaire pour un séjour prolongé. Les buissons de téo-goïrouks abondent, une source d'eau gazouille à côté, et les chevaux ont de quoi satisfaire leur appétit.
Le jour suivant, nous grimpons jusqu'à 4 000 mètres, au-dessus de notre camp, pour faire une reconnaissance et nous assurer si nous ne pourrions pas aller un peu plus haut avec les chevaux.
LE GLACIER DE KAËNDE.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Le glacier de Kaënde est encaissé très étroitement entre deux hautes parois de rochers, et s'avance, ou plutôt coule lentement, sans que sa surface accuse un obstacle trop violent. À droite et à gauche, il s'en racine au sein même de la montagne, par une multitude de glaciers secondaires qui se dessinent nettement à leur jonction par des épanchements blanchâtres, quasi-séparés par des chapelets de pierrailles.
Une double rangée de pics, sombres clochetons de pierre ou étincelantes pyramides de glace, se dressent de chaque côté, semblant lui faire une escorte d'honneur. Au fond, dominant tous les autres, se lève le Khan Tengri, qui apparaît comme un globe énorme de cristal, comme le dôme d'une mosquée colossale. Il n'a rien de rebutant et se présente plutôt comme un souverain oriental, qui, du haut de sa ventripotence accueille ses courtisans avec un sourire béat.
Comme nous apercevons des bandes de gazon qui revêtent les dépendances du glacier, et que celui-ci est plat et presque pas accidenté, nous croyons pouvoir y conduire nos chevaux et camper à quelques verstes plus haut.
Laissant une partie de notre bagage, de nos provisions, des chevaux et des moutons, à la garde du djighite, le lendemain nous nous acheminons sur le glacier de Kaënde. Pendant la journée, nous gagnons à peine 15 kilomètres. Mais avec combien de peines, d'ennuis et de cruauté à l'égard de nos pauvres bêtes! Celles-ci sont tout à fait éreintées. La plupart ont les pieds qui saignent et les jarrets écorchés. Un cheval, dans une chute, s'est même blessé à une cuisse, et le sang coule en abondance. Le soir, on les ramène à un pâturage qui se trouve en aval de notre camp, pour y rester jusqu'à notre retour.