La vallée de Keou-eou-leou, que nous remontons ensuite pendant toute la journée, est assez quelconque, et aucun incident ne rompt la monotonie du chemin.
Au fond de la vallée, les Kirghizes qui nous accompagnaient depuis Oustchiar nous quittent, pour suivre la route qui, passant par le col de Karakol, mène directement sur Prjevalsk où ils sont dirigés.
L'ascension du col de Keou-eou-leou, haut de 4 160 mètres, est très lente; les chameaux, éprouvés par la raréfaction de l'air, s'arrêtent à chaque instant, afin de reprendre haleine.
C'est par une chaleur insupportable, que le jour suivant nous dévalons la grande ornière d'Irtach. Le terrain est jaune, les pentes des montagnes sont rouges, et le ciel est d'un bleu intense. Il nous semble voyager dans les ambas du centre africain. De temps à autre, des glaciers lointains se montrent discrètement dans l'entre-bâillement des gouffres qui fuient à droite et à gauche de la vallée. Soudain, celle-ci tourne brusquement au levant, flanquée au sud par une bizarre muraille de roches basaltiques, dont l'uniformité au faîte paraît trop étrange pour être naturelle.
Et nous descendons toujours, courbés sur nos montures, les yeux souffrants et le visage pelé par la réverbération du soleil. À la douzième heure de marche, comme nous ne rencontrons pas encore de nomades, nous nous arrêtons pour camper, malgré la résistance opiniâtre des Kirghizes qui veulent arriver le soir même chez le kaltchè.
Celui-ci, qui a été prévenu, vient nous rendre visite. Il sait déjà qui nous sommes, et ce que nous voulons de lui. Il nous donnera chameaux et chevaux à discrétion. Cependant, il se montre quelque peu froid et réservé, et ne semble pas très enthousiaste de notre présence, comme l'avait été le chirtaï.
Le prince et moi, nous profitons d'une journée de repos, pour rendre visite au chef. Il nous reçoit dans une yourte luxueuse, richement décorée pour l'occasion. Nous prenons place sur un tapis de fourrures et nous nous accroupissons à la mode kirghize. Autour des parois on a accroché des tapis authentiques de Kachgar, entremêlés de festons d'étoffes voyantes.
LE GLACIER DE KAËNDE.