Il n'y a pour nous, que les Kirghizes—ou Bourouts,—peuplade qui habite exclusivement dans les vallées du Tien Chan, du Pamir à la Dzoungarie, du lac Issik-koul à Ak-sou.
Il serait impossible de faire une évaluation, même approximative, de la quantité d'individus qui composent le peuple kirghize. On parle de 400 ou 500 000; mais ils sont certainement deux fois plus nombreux. Lorsqu'on demande à un chef de dire combien de têtes compte son aoul, il ne le saura pas; en revanche, il vous dira le chiffre exact de ses chevaux et de ses moutons.
On ne peut guère classer les Kirghizes dans un ordre quelconque. Leur pays n'est pas connu dans son entier, et par conséquent il serait puéril de dénommer des tribus qui n'ont pas encore été en contact avec les voyageurs. Les renseignements que les nomades vous donnent quelquefois, doivent toujours être contrôlés, avant d'être acceptés. Cependant, jusqu'ici, on partage le peuple kirghize en deux grandes branches: celle de gauche et celle de droite. La première catégorie s'appelle sol et comprend tout le bassin du Naryn, du haut Oxus et du Kook-chal-daria. Elle se divise en quatre tribus: Koutchi, Sorou, Moundouz et Kitaïs. Cette dernière dénomination s'applique spécialement aux habitants du territoire chinois.
LA VALLÉE DE ZOUOUKA, PAR OÙ TRANSITENT LES CARAVANIERS DE VIERNYI À KACHGAR (page [505]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
La branche de droite, appelée on, réside dans le bassin du lac Issik-koul et dans les vallées attenantes au massif du Khan-tengri. Elle est divisée en sept tribus: Bogon, Sary-Baghichtch, Son-Baghichtch, Soulton, Echérik, Sagaz et Bassindz.
Le Gouvernement russe les a classés autrement. Partant de ce principe que l'habitant d'un aoul, quand il parle de celui d'une autre vallée, dit simplement: celui ou ceux de tel village, il les appelle selon le lieu où ils campent habituellement. Ainsi les Tourghensky sont ceux qui hantent le vallon de Tourghent, et ainsi de suite. Il va sans dire que les Russes ne connaissent pas le nombre exact de leurs sujets kirghizes. La plupart de ceux-ci échappent encore actuellement à la dîme, pourtant modique, de un rouble et demi par yourte ou famille. Ce tribut, c'est l'unique lien qui les tienne attachés à la Russie, car tels ils étaient avant l'occupation du Turkestan, tels ils sont encore aujourd'hui, c'est-à-dire des gens libres et indépendants.