LE MASSIF DU DJOUKOUTCHIAK; AU PIED, LE DANGEREUX COL DU MÊME NOM FRÉQUENTÉ PAR LES NOMADES QUI SE RENDENT À PRJEVALSK (page [505]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Le Kirghize est généralement bien bâti, et très fort. Il a le nez épaté, rarement aquilin, l'angle facial un peu fuyant, les zygomas très saillants, et les yeux noirs, petits et un peu obliques, qui rappellent ceux des Chinois. La barbe et la moustache sont très peu fournies. Les villosités sont presque toujours noires et lisses. Souvent on aperçoit parmi eux des types purement mongols. On en rencontre quelquefois des blonds, mais c'est l'exception. Les hommes sont relativement bien taillés et d'un aspect agréable.

En revanche, il est rare de trouver des femmes un peu avenantes. Les jeunes filles ont des traits réguliers et sont en général potelées, mais les lignes sont trop accusées. Elles ont seulement de très beaux yeux noirs et des dents superbes. Le costume qu'elles portent ne contribue certes pas à rehausser leur physique.

L'accoutrement du Kirghize est très élémentaire. Par-dessus une chemise en cotonnade imprimée, aux manches démesurément longues, et un large pantalon également en toile, serré à la ceinture par une coulisse, le Kirghize, homme ou femme, endosse toujours une veste en cretonne capitonnée de laine ou d'ouate qui s'agrafe sur la poitrine par des boutons en bois et se serre à la taille au moyen d'une écharpe enroulée et nouée sur le devant. Les manches en sont très courtes; elles n'arrivent même pas au coude, en sorte que la chemise tombe sur la main, et doit être à chaque instant rejetée par un mouvement vif du poignet. Il y a des siècles que les Kirghizes font ce geste.

Ce rudimentaire habillement constitue la toilette d'intérieur, ou, si l'on préfère, celle que l'on porte généralement dans le village, en été. Ajoutez à cela une espèce de botte arrivant jusqu'au genou, avec un talon haut de 10 centimètres au moins, et une calotte crasseuse cachant la nudité du crâne soigneusement rasé, et vous connaîtrez tout l'équipement du Kirghize.

Par les temps froids et en voyage, le Kirghize se protège cependant contre les intempéries par un ample tchiapann, sorte de grand pardessus matelassé, qui cache toute sa personne. Selon la température, il en porte un, deux ou trois, et même davantage, s'il le faut. Il coiffe alors son chef d'un chapeau rond en feutre blanc, avec les ailes bordées d'une large tresse noire, s'abaissant sur le devant et relevées par derrière. Ce couvre-chef est une réminiscence chinoise, et, comme il n'est pas toujours facile de se le procurer, on le remplace par un bonnet en feutre grossier doublé de peau d'agneau, avec le poil en dedans. Cette coiffure n'est pas disgracieuse du tout, et complète admirablement le costume. Elle a surtout l'avantage très précieux, sur les montagnes, qu'elle permet de protéger les oreilles; elle peut se porter la peau en dehors en cas de pluie.

Les femmes sont vêtues exactement comme les hommes: les détails seuls varient. Ainsi les bottes sont plus élégantes, bordées de soie, ornées de gaufrages en cuir de couleur, et, à la semelle et au talon, de pointes en cuivre. Les pantalons sont plus larges et plus longs; le tchiapann est d'une étoffe plus voyante et riche, souvent en soie de Bokhara ou de Kachgar.

Ce qui distingue surtout les femmes kirghizes, c'est la blanche cornette qui les coiffe, en leur donnant un air monacal. Imaginez un cylindre, haut de 30 centimètres, formé d'une bande de toile empesée, s'enroulant autour du crâne, et dont les deux bouts flottent sur le dos. Les cheveux sont soigneusement relevés et emprisonnés dans cette boîte, qui sert, en outre, de poche pour y déposer temporairement les menus objets dont la femme a besoin à chaque instant. Comme vous voyez, c'est très pratique. Les cheveux sont réunis en deux ou trois tresses, dont quelques-unes descendent sur le dos et portent attachée une chaînette ou boucle. À l'extrémité inférieure de celle-ci pend un trousseau de clefs et de plaques en cuivre, qui tombe sur les talons, de telle sorte qu'au moindre mouvement on entend un bruit de ferraille semblable à celui que produit un forçat en marchant.

Ce turban ou «életchik», est l'uniforme des femmes mariées. Les jeunes filles sont plus coquettes. Elles s'ornent la tête d'une toque de fourrure de renard, avec un petit panache de plumes d'aigle, en guise d'aigrette. Les cheveux sont partagés en plusieurs nattes, qui tombent de chaque côté des tempes et sur le dos, ces dernières retenues par une pièce d'étoffe agrémentée de verroteries et de coraux. La jeune fille en quête d'un mari est chamarrée de bijoux, et richement vêtue. Mais cette coquetterie, elle devra la payer bien cher plus tard, car elle deviendra l'esclave d'un homme souvent brutal, toujours autoritaire.

La yourte kirghize n'est pas aussi spacieuse que celle des Kazaks et que la kibitka des Turkomans. Elle est de proportions plus modestes et d'un aspect moins luxueux. Les Kirghizes sont contraints à de fréquents déplacements, à cause de la pauvreté des pâturages. D'un autre côté, la rigueur et la durée de la mauvaise saison les obligent à réduire les dimensions de leur home, afin de condenser le maximum de chaleur avec le minimum de combustible, celui-ci étant très rare.