CAMPEMENT KIRGHIZE, PRÈS DE SLIFKINA.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

L'outre du koumiss est à la disposition des passants. On ne la refuse jamais aux voyageurs. Aussi quand il se met en route, le Kirghize n'a-t-il aucune envie de prendre de quoi se sustenter pendant le voyage. Il compte toujours sur les aouls qui s'égrènent le long du chemin.

En dehors du koumiss, dont il fait usage à tout moment, le Kirghize ne prend qu'un repas par jour. Assemblées dans la yourte, dix, quinze, vingt personnes se renouvellent autour du kazan, contenant un mouton tout entier. Chacune d'elles sort son pitchiak de sa gaine, empoigne un os quelconque, et puis, allons-y! tant que ça dure on fait agir les mâchoires. Et l'on puise à tour de rôle dans le bouillon. Ensuite on trinque avec le koumiss, qu'on a eu soin d'agiter préalablement dans son outre pour lui donner de l'effervescence.

Aussi, après s'être repu de la sorte, le Kirghize perd sa résistance et se laisse volontiers entraîner par la somnolence inévitable d'une digestion laborieuse.

Les gens riches font usage de thé et de pain. Celui-ci est fabriqué sur place, avec de la farine d'orge, qu'on roule en boulettes et qu'on grille dans de la graisse de mouton.

Le combustible employé par les Kirghizes consiste presque uniquement en tiges et en racines de teo-goïrouk—queues de chameaux,—ainsi appelé à cause de la ressemblance des branches avec l'appendice de cet animal. C'est un buisson, du genre du rhododendron, qui s'enfonce profondément dans le sol et s'épanouit en un bouquet de ramilles épineuses, hautes d'un demi-mètre environ. Cette plante pousse jusqu'à 3 000 mètres d'altitude, toujours sur les versants tournés au nord.

C'est grâce à cet arbuste providentiel que les nomades peuvent séjourner dans les hautes vallées du Tien-Chan, qui, se trouvant près des glaciers, conservent longtemps leurs herbages verdoyants en dépit de la chaleur estivale.

Mais lorsque, à cent lieues à la ronde, il lui est impossible de rencontrer du bois, le Kirghize a recours à la fiente des animaux, pour entretenir son feu. Un brasero semblable ne produit pas, précisément, une atmosphère très respirable dans l'intérieur de la yourte, mais heureusement le Kirghize ne possède pas un odorat très subtil.

À temps perdu, le Kirghize se fait braconnier. Il dresse des aigles pour la chasse des renards et des bêtes à fourrure. Il assomme les loups à coups de matraque; pour les gros animaux, comme les ours et les ovis poli, il s'arme d'un fusil à silex, portant attaché à un tiers du fût un chevalet mobile, qui sert d'appui pour le tir. Cependant, ce Nemrod n'est pas très dangereux pour les animaux de toutes sortes qui pullulent dans les vallées des monts Célestes. Il ne chasse que pour ses besoins; rarement il fait commerce de pelleteries.