Le Gouverneur des Établissements français dans l'Inde réside à Pondichéry, mais ses fonctions l'obligent à de fréquents déplacements dans les différentes dépendances, dont l'administration est confiée à des administrateurs, qui lui sont subordonnés. Il va sans dire que les fonctionnaires subalternes ne manquent pas, qu'il y a un Conseil local, comme un Conseil général, que la colonie possède un sénateur et un député à Paris, et que sur le territoire même la politique forme l'axe de tout mouvement comme le souci de chaque jour. Nous en reparlerons de cette funeste politique, de ce chancre rongeur dont assurément aucune colonie française ne souffre au même degré que ce pauvre Pondichéry.

Mettons pied à terre d'abord, ce qui n'est pas toujours très facile quand on vient par voie de mer, comme c'est mon cas. La rade étant souvent fort houleuse, le débarquement peut y être tellement difficile, que la communication avec la terre devient impossible. Il est arrivé souvent qu'à la suite du mauvais état de la mer, le paquebot qui touche à Pondichéry, sur son parcours de Colombo à Calcutta, et retour, n'a pu communiquer avec la terre et s'est vu forcé de continuer sa route avec ses passagers et sa cargaison. Le cas s'est produit trois fois de suite il y a peu d'années. La communication avec la plage se fait par des bateaux à fond plat, sans membrures, appelés chelingues. On accoste à l'extrémité d'un débarcadère, long de 252 mètres, qui s'avance tout droit dans la mer: si la mer est bien houleuse, il faut l'adresse de l'acrobate pour tenir son équilibre, en saisissant la corde qui permet d'atteindre l'échelle. Pour échapper à ces obstacles, le touriste préfère généralement se rendre à Pondichéry par chemin de fer, la colonie étant reliée depuis 1879 à toute l'Inde anglaise, et communiquant par des embranchements avec les territoires dépendant de la France.

Pondichéry est un port franc. Les denrées et marchandises de toutes provenances y sont admises par mer et en sortent par la même voie, en franchise de tous droits de douane, sans distinction de pavillon. Seuls le sel et l'opium, dont la production et le commerce sont interdits par des traités, sont exceptés de cette disposition. Faut-il rappeler son histoire? Pottoutchéri ou Poultchéri, le «nouveau village», que les gens de haute caste appellent Poudou-nagar ou «Château Neuf» a été acheté en 1693 au roi Vidjayanagar par le fameux commandant Martin pour remplacer Saint-Thomas dont les Hollandais venaient de s'emparer. Le petit village de parias s'accrut rapidement et devint le centre d'un mouvement commercial considérable en dépit des vicissitudes de son histoire politique.

Pris par les Hollandais en 1693, tout à son début, il nous fut rendu en 1699. Puis il fut assiégé quatre fois par les Anglais: l'amiral Boscawen, en 1748, fut repoussé par Dupleix; en 1760-61, Lally-Tolendal capitula par famine après une héroïque résistance, et le traité de Paris nous rendit la ville en 1763.

LES ENFANTS ONT UNE BONNE PETITE FIGURE ET UN COSTUME PEU COMPLIQUÉ (page [532]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

En 1778, les Anglais s'en emparèrent de nouveau, et la restituèrent au traité de Versailles, en 1785, pour la reprendre une troisième fois en 1793 et nous la rendre définitivement en 1816-17, avec interdiction d'élever aucun ouvrage fortifié sur le territoire, et d'y entretenir d'autre force armée que la police.

La ville est divisée en deux parties: la ville blanche et la ville indienne, que sépare un canal. La première, située à l'est et sur le bord de la mer, est régulièrement bâtie; ses rues sont spacieuses et bien percées, comme également du reste la seconde, éparpillée sur un espace plus étendu.

Je connaissais Pondichéry pour y avoir séjourné une semaine dans un voyage antérieur, et c'est avec un véritable plaisir qu'après être arrivé au bout de ce long débarcadère en planches mal assujetties, je remets le pied sur la terre ferme, dont l'aspect n'a pas changé depuis ma visite précédente. Je revois la statue assez imposante du grand Dupleix, qui s'élève tout près de la plage, et après avoir fait quelques centaines de mètres je gagne le palais du Gouvernement, dont l'occupant actuel, que j'ai l'honneur de connaître, m'a offert l'hospitalité. Je m'y retrouve en pays connu, car la belle chambre qu'on m'a préparée est celle que j'ai déjà occupée quelques années auparavant.