Il faudrait du temps et beaucoup de patience, pour arriver à connaître la différence d'habitudes, de lois et de conventions qui règlent les castes diverses de la religion brahmane, et les divisent en classes exclusives et fermées. L'un ne fera jamais ceci, l'autre jamais cela; un métier exercé par telle caste ne peut être exercé par une caste différente. Les fonctions de chacune sont tellement déterminées, que cela devient absolument absurde à nos yeux; et il me semble qu'il faut, même à ces gens, un apprentissage bien compliqué, pour ne pas s'exposer à une infraction aux multiples règlements de leur culte.

L'art de l'architecture et de la sculpture a été poussé à un rare degré de perfection, dans les édifices consacrés aux religions hindoue et brahmane, que tant d'auteurs ont décrits; il importe néanmoins de constater que ceux de l'Inde dépassent par le côté artistique de leur architecture, et la richesse de leur ornementation, plusieurs temples que nous avons pu visiter dans d'autres pays d'Asie. Certes, on ne trouve pas à Pondichéry les temples splendides qui décorent Tanjore, Trichinopoly et Madura; mais cela n'empêche pas que ceux de Villenour et d'autres localités des environs méritent une visite minutieuse.

Je me suis rendu plusieurs fois à celui de Villenour, qui se trouve à quelques kilomètres de la Résidence. Un char immense, abrité sous un grand hangar, et servant périodiquement aux processions du culte, atteste l'habileté de ces indigènes, et la finesse de leur main-d'œuvre. Ce char, construit entièrement en bois, représente toute une histoire bouddhique, burinée au moyen d'instruments perfectionnés dans des blocs carrés de la même dimension et s'adaptant les uns aux autres avec une symétrie irréprochable. Le poids doit en être immense, car aux jours de grandes fêtes il faut de 1200 à 1500 hommes pour traîner le colosse.

L'habileté de ces indigènes ne s'est pas perdue, comme on serait tenté de le supposer en constatant que tous ces temples de l'Inde remontent à l'antiquité, et que de nos jours on n'assiste à aucune nouvelle construction aussi grandiose. J'en ai eu la preuve un jour quand le Gouverneur me conduisit dans une localité, proche de Villenour, devant un char presque entièrement terminé et construit avec le même talent que ceux des temps passés.

Le véritable chef-d'œuvre que nous avons devant les yeux, est taillé dans du bois très dur et représente, avec une finesse remarquable, une procession bouddhique, dont la signification, bien entendu, nous échappe, mais qui nous comble d'admiration. Un employé indigène nous explique qu'il faudra au moins 500 hommes pour le traîner. Il nous montre la corde dont on aura à se servir: elle a l'épaisseur d'un énorme serpent. Il n'y a pas que nous qui soyons en extase devant ce beau travail: une fourmilière d'enfants nous entourent, remplis de recueillement. Je suppose que M. Piot serait heureux de visiter un pays où sa doctrine a trouvé tant d'adeptes.

LA PAGODE DE VILLENOUR, À QUELQUES KILOMÈTRES DE PONDICHÉRY.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Ce que Pondichéry et les terres qui en dépendent, produisent comme cultures, est de peu d'importance. L'exportation totale n'est que de 27 à 28 millions de francs; les tissus de coton figurent dans ce chiffre pour une somme de près de 9 millions, et les arachides pour 15. Suivant l'annuaire de 1904, 48 vapeurs de différentes nationalités ont chargé 581 562 sacs d'arachides, au poids de 75 kilos le sac. L'arachide s'exporte, aussi, comprimée en tourteau. L'année dernière, l'exportation de cet article s'est élevée à un total de 4376 tonnes, représentant une valeur de près de quatre cent mille francs. Viennent ensuite les tissus de coton, qui figurent sur la dernière statistique pour la somme de près de neuf millions; les riz, pour deux millions et un quart, et les peaux, pour un million et demi de francs. Les autres articles d'exportation n'atteignent qu'un chiffre insignifiant. On exporte en petite quantité de la vanille, des noix de coco et quelques fruits. La culture des arachides a pris un grand développement ces derniers temps, et pourrait être encore considérablement augmentée. Ce commerce est désormais une question capitale pour l'Inde française, Pondichéry étant devenu pour ces graines oléagineuses un vaste entrepôt que n'alimente pas seulement la production locale immédiate; déjà les produits des possessions anglaises environnantes commencent à y affluer, en décuplant l'activité du transit.

Les cultivateurs du sud de l'Inde, principalement de la province de Tanjore et des environs de Trichinopoly, se servent le plus souvent de Pondichéry pour leurs expéditions, comme étant le meilleur mouillage de la côte, moins exposé que Madras au passage des cyclones. Le dernier dont on garde la mémoire, est celui de 1863: 7 navires, mouillés à peu de distance de la plage, furent engloutis dans le désastre.