ÉTANG DE LA PAGODE DE VILLENOUR.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Les électeurs de la première liste, relativement peu nombreux, ont l'habitude de se faire payer leur vote et de le vendre au plus offrant. Pour plus de sûreté, les agents électoraux ont souvent enfermé plusieurs jours à l'avance, dans des maisons spéciales, les électeurs sur lesquels il était difficile de compter. On leur donnait largement la nourriture, pour les mener au scrutin en voiture. D'après ce qu'on m'a affirmé, on est même allé jusqu'à leur enlever tout vêtement après leur séquestration dans lesdites maisons, afin de rendre toute évasion impossible.
La grosse masse des électeurs de la deuxième liste se compose de malheureux Indiens, dépourvus de toute instruction, que les propriétaires ou autres électeurs influents mènent à l'urne comme des troupeaux de moutons. Cependant, malgré leur misère, ces électeurs-là, d'après ce que quelques Européens bien renseignés m'ont affirmé, ne se font pas acheter. Ils se laissent conduire, tout confiants dans leurs maîtres, à qui ils reconnaissent un rôle de tutelle tout indiqué par leur situation. Il paraît même qu'il y a en eux un vague instinct qui leur fait espérer que l'exercice même inintelligent de leur droit de vote pourra devenir un jour un moyen d'émancipation. Beaucoup de ces malheureux entreverraient un avenir meilleur pour leurs enfants, grâce à l'instruction que ceux-ci auront acquise. Voilà le souci qui les pousserait à leur en faire donner.
BRAHMANES FRANÇAIS ATTENDANT LA CLIENTÈLE DANS UN BAZAR.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Jusqu'à ces dernières années, la plupart des descendants d'Européens formaient une sorte de parti à la remorque d'une demi-douzaine de chefs, tous inféodés à la Mission. Ce parti était d'ailleurs complètement imbu des superstitions de la religion catholique dans l'Inde. La Mission avait alors la haute main sur l'administration de la colonie, et les fonctionnaires devaient se résigner à être ses humbles serviteurs.
Cette bande, composée de paresseux dont toute l'ambition consistait à revendiquer le droit de vivre aux dépens de la caisse publique, à titre de descendants d'anciens colonisateurs ou fonctionnaires, était alors très heureuse. Tout était organisé pour que chacun pût se procurer soit une sinécure quelconque, soit un ou plusieurs secours ou pensions, servis par le budget de la colonie. Mais ce soi-disant parti a disparu en 1899 au point de vue politique, autrement dit n'a plus eu de représentants au Conseil général, l'élection de ceux qu'il avait fait élire ayant été annulée par le Conseil d'État, en raison des manœuvres frauduleuses auxquelles cette élection avait donné lieu.