Évidemment, il n'y a pas de véhicules dans la Cité; comment, en effet, pourrait circuler une voiture ou même une simple brouette? Mais le voyageur est quelquefois arrêté par un palanquin tenant la largeur entière de la rue, et que des coolies portent généralement en courant aussi vite qu'ils le peuvent, ce qui les oblige à pousser des cris de paon pour faire déblayer la voie, où le garage n'est pas toujours facile. Les porteurs d'eau, dans deux grands seaux pendant aux deux extrémités d'un bambou, sont encore plus gênants, parce qu'ils ne s'arrêtent jamais et ne crient pas toujours gare. Mais quand ils ne portent que de l'eau, il n'y a encore que demi-mal: la vidange, portée de même, est autrement plus terrible à rencontrer.
LE POSTE DE L'OUEST, UN DES QUATRE POSTES OÙ S'ABRITE LA MILICE DE LA CONCESSION FRANÇAISE (page [272]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Les mendiants sont encore parmi les spectacles ordinaires de la rue chinoise. On sait que la mendicité est, en Chine, une institution qui a son chapitre au budget de la ville. À Shanghaï, il y a un chef des mendiants qui a payé sa «charge» quelques milliers de dollars et en retire de belles rentes. Il ne mendie pas, évidemment, lui-même, mais nul ne peut se livrer à l'exercice de cette «profession» sans sa permission et sa licence écrite. L'aspect que prend parfois un mendiant chinois dépasse tout ce que l'imagination peut concevoir de plus repoussant. J'en ai rencontré un exemple dans la personne d'une femme étendue en travers d'une rue étroite, la tête et les pieds dans la boue, effrayante loque humaine, qui semblait un cadavre jeté là, et vivant cependant dans l'attente des sapèques. Et pareil spectacle était moins une exception que la règle, constatée souvent.
LA POPULATION ORDINAIRE QUI GROUILLE DANS LES RUES DE LA VILLE CHINOISE DE SHANGHAÏ (page [268]).
On ne saurait se faire une idée de la difficulté qu'éprouve le voyageur à saisir des notes au passage, tant est grande la multiplicité des détails nouveaux dans l'imbroglio des petites ruelles et l'incompréhensible dessin de leur labyrinthe, au cœur même de la cité. Si l'on sort de cette partie centrale où, sur quelques points seuls, l'espace n'a pas été ménagé pour une maison de thé, un lac, un temple, une place publique, on arrive à ce qu'on pourrait croire la campagne, avec des sentiers, des jardins, des champs, de petits ponts de pierre et des habitations éparpillées. Et il en est ainsi, je crois, de toutes les villes chinoises.