LES COOLIES CONDUCTEURS DE BROUETTES ATTENDENT NONCHALAMMENT L'ARRIVÉE DU CLIENT (page [266]).—PHOTOGRAPHIES DE Mlle H. DE HARVEN.
Retournons, maintenant, sur notre bon sol français.
Les rues de notre concession, comme celles de la concession internationale, sont à peu près, ou perpendiculaires, ou parallèles à la rivière. Mais, tandis que les nôtres portent des noms choisis un peu partout, glorifiant même des illustrations locales vivantes, chez nos voisins les perpendiculaires sont désignées par des noms de villes chinoises, comme «Peking-road, Fou-tchéou-road, Nanking-road», et les parallèles par des noms de provinces, comme «Sé-tchouen-road, Hou-nan-road, Tché-kiang-road». Chez nos voisins, il faut bien le dire, la ville est plus belle, avec tout un grand quartier presque entièrement européen, de beaux immeubles et de grands magasins. On y sent que les règlements municipaux y sont mieux observés et que les puissants propriétaires s'y soumettent tout comme les autres. Chez nous, si l'on excepte le quai, le bout de la rue principale par où nous sommes entrés et la rue courte où s'élève le monument de la Poste, tout le reste est chinois, avec quelques bâtisses isolées, les quatre postes de police, et quelques maisons particulières sur la route du Camp, comme les maisons Yu-sin, à l'extrémité de celle-ci. Il y a bien des règlements qui obligent les propriétaires des maisons en bordure à les reconstruire, le cas échéant, soit en pierres, soit en briques, sur la façade, tout au moins, et à l'alignement; mais lorsque ces propriétaires sont des personnages influents, ou représentent une haute autorité collective, les règlements sont impunément violés. Les maisons de pierres coûtent cher et rapportent, par conséquent, moins. En un mois de travail, la maison chinoise est élevée et se loue immédiatement.
UNE MAISON DE THÉ DANS LA CITÉ CHINOISE.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Et les Français continuent à habiter la concession internationale,—on pourrait dire anglaise,—à y avoir leurs bureaux, faute de pouvoir trouver à se loger chez eux, pour le plus grand bénéfice de ces voisins tout-puissants. Plus qu'en aucune autre colonie, cette constatation est regrettable à faire par les comparaisons qu'elle soulève chez nos concurrents.
Mais laissons ces sujets de critique pénible et continuons notre tournée chez nous, avant de passer chez nos voisins. Nous n'y avons pas beaucoup de points à visiter, mais la promenade y sera néanmoins plus agréable, car les trois couleurs y flottent. Si nous remontons le quai de la Brèche, nous pouvons nous arrêter de l'autre côté de la «crique», au pied même des murs, à un petit cimetière à la porte toujours fermée, où reposent en paix, sous deux lignes de petits tertres oblongs, les morts anglais et indiens de 1860.
Traversant, plus haut, par le cimetière dit de la «pagode de Ning-po», qui causa plusieurs émeutes sur notre concession, nous tombons dans la rue du Consulat, près du poste de l'Ouest, à la fois militaire et de police municipale.