La question de l'abolition des peines corporelles dans les colonies a semblé, dernièrement, préoccuper nos gouvernants. En Indo-Chine, si je ne me trompe, quelque chose dans ce sens a été fait. Ce sera au bénéfice de la criminalité. Il faut, pour préconiser dans ces pays l'adoption des règles qui régissent les pays d'Europe, ignorer complètement la mentalité de l'indigène. La trique corrige et ne tue ni n'estropie; elle meurtrit la partie la plus charnue du corps, capable de supporter très bien ce traitement; le sang coule, c'est vrai, mais il en faut si peu pour le faire apparaître à la surface de la peau! En quarante-huit heures, la plaie est cicatrisée, ils ont leurs remèdes pour cela, et souvent la plaie morale est guérie en même temps. Que le bambou soit supprimé, ou les verges, ou les claques,—les «soufflets» disent les comptes rendus officiels,—et les plus étonnés seront ceux qui les auraient dû recevoir. Générosité, humanité, indulgence, sont des mots peu connus de ces peuples d'Orient, et ils les traduisent par faiblesse, crainte, impuissance. La suppression complète des peines corporelles devra venir un jour, mais ce ne devra être fait que très lentement.
Revenons à la prison, qui se présente comme une grande cage, à forts barreaux de fer. À un banc, placé au milieu, pend, sous le dossier, la barre de justice, avec six forts maillons à jeu libre, qui permet, à travers la grille par laquelle passent les pieds des patients allongés sur le sol, de mettre aux fers les récalcitrants. Elle sert rarement, car les prisonniers sont, en général, tranquilles; ils se chamaillent entre eux, se battent souvent, attrapent la cangue pour la nuit et se calment.
LA PRISON DE SHANGHAÏ SE PRÉSENTE SOUS L'ASPECT D'UNE GRANDE CAGE, À FORTS BARREAUX DE FER.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Rarement, des exécutions se produisent à Shanghaï. En vingt mois de séjour, je n'en ai vu qu'une: un Chinois voleur et violeur, probablement sans amis et sans argent. Mais on y avait vu, il n'y avait pas très longtemps, à une des portes de la Cité, le supplice connu de la pendaison lente, en cage. Le criminel est enfermé dans une haute et étroite cage, formée de quatre poutres et de forts barreaux, et, le cou pris dans une lunette du panneau supérieur qui forme l'instrument de supplice, les pieds reposant sur cinq ou six grandes briques, le malheureux voit, chaque jour, diminuer son point d'appui, par le retrait de l'une des briques, et venir le moment où le menton se rapprochant de plus en plus du plateau, il se trouve enfin pendu, après la dernière brique retirée.
Ce n'est point un supplice très rare; mais la forme la plus commune de la peine de mort est la décollation par le bourreau armé d'un sabre lourd, sans grande cérémonie, sur une place quelconque, à l'écart de la ville, où le peuple a accès. C'est un spectacle, même, qui le divertit fort et est très couru. Souvent l'exécution s'applique à plusieurs criminels, qui sont alors mis en ligne et décapités l'un après l'autre. Les têtes restent sur le sol, près du cadavre aux mains liées, attendant l'âme charitable, le parent affectueux et assez fortuné qui payera un spécialiste pour venir recoudre la tête au corps; sinon, les deux sont enterrés à part. Un voyageur me racontait qu'il a vu à Tou-chang un condamné pendu par les pouces, puis arrosé de pétrole et brûlé vif ainsi. On peut voir les divers genres de supplices chinois dans les scènes en bois sculpté que l'on trouve dans les magasins de curiosités. L'une d'elles représente un condamné placé entre deux pièces de bois, qui sont sciées lentement, en même temps que le corps, en longueur, de bas en haut, l'homme étant droit. Et il est probable que l'on ne connaît pas tous les genres de supplices que l'esprit inventif et cruel des mandarins a dû suggérer.
LE PARVIS DES TEMPLES DANS LA CITÉ EST TOUJOURS UN LIEU DE RÉUNION TRÈS FRÉQUENTÉ.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.