LES FEMMES TANALA SONT SVELTES, ÉLANCÉES (page [542]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Aussi, leur rôle politique et économique a-t-il été de tout temps considérable. Des conquérants venus d'au delà des mers, les Zafirombo, les ont remontés et se sont établis sur leurs rives; les armées hova les ont suivis, des pirogues les descendent chaque jour pour porter à la côte les richesses de la forêt: la cire, le caoutchouc, le rafia.

Le fleuve Faraony sépare les Tanala de l'Ikongo, belliqueux et indépendants, de ceux d'Ifanadiana, plus pacifiques, et soumis depuis longtemps à la domination hova.

La Matitanana est le grand fleuve de l'Ikongo. Elle prend sa source derrière le massif de l'Iharanila, coule dans la forêt et vers le nord pendant une dizaine de kilomètres, puis s'infléchit brusquement vers le sud-est. Elle tombe alors de toute la hauteur de la falaise, en une majestueuse cascade, au milieu d'un cirque superbe.

Son principal affluent, la Sandrananta, prend sa source en plein pays betsileo, à l'ouest de l'Iratra. Après avoir coulé paisiblement et servi à l'irrigation des rizières, elle se précipite dans la forêt et se transforme en torrent. Après avoir reçu l'Isiranana, elle porte le nom d'Ambahive, et quand elle rejoint la Matitanana à Andemaka, elle est aussi importante qu'elle. Toutes les deux, elles ont servi de routes aux invasions venues de l'Orient, mais tandis que la Matitanana n'a dans l'Ikongo que son cours supérieur, et est plutôt un fleuve antaimorona, la Sandrananta, au contraire, est la rivière tanala par excellence. Elle coule au cœur de la région, ses affluents en dessinent le relief, ses rives rappellent une foule de légendes. C'est dans ses flots que les descendants des premiers rois ont jeté le pus des cadavres de leurs ancêtres, et c'est ce qui a valu aux Zafirambo leur autre nom de Zanak'Isandrananta[3].

Enfin, une des pistes les plus fréquentées du pays et qui, si l'on en croit la tradition, aurait existé depuis des siècles, descend sa rive gauche par Fort-Carnot, Marotady, Mahaly, Bekatra et l'Isaranana.

Pour se faire, d'ailleurs, une parfaite idée de la région, il suffit de faire l'ascension de l'Ikongo.

À l'ouest, la forêt noire et profonde, les puissants contreforts de l'Iratra et les hautes cimes de la falaise masquent le plateau betsileo et empêchent toute relation avec le centre de l'île. À l'est, le pays tanala s'étend, accidenté et boisé, véritable Suisse, digne demeure d'une race indépendante; la Sandrananta serpente et brille au milieu des collines, puis va se perdre dans le pays antaimorona; au loin, à l'horizon, au-dessus des plaines de la basse Matitanana, se profile la ligne bleue de l'Océan Indien, route mystérieuse des envahisseurs, confuse et incertaine comme la légende des Zafirambo. Ce paysage résume la géographie de l'Ikongo; il explique son histoire, ses mœurs et sa civilisation.

Il serait trop long de faire l'histoire détaillée des Tanala. Qu'il nous suffise de dire qu'en 1861, Radama II accorda, par la force des choses, à l'Ikongo une indépendance pleine et entière; que de 1868 à 1894, les Tanala eurent à lutter contre des voisins turbulents qui refusaient de reconnaître leur autorité, et qu'en 1897 leur chef, nommé Tsiandraofana, n'était nullement hostile à notre influence. Le 3 août 1897 nous pûmes installer un poste militaire près de sa résidence. Mais les Tanala étaient trop belliqueux, trop fiers et trop jaloux de leur indépendance séculaire pour écouter les conseils du vieux roi et accepter de plein gré notre autorité. Le 10 octobre, nos soldats durent enlever d'assaut le rocher d'Ikongo, où 4 000 Tanala s'étaient réfugiés. Les rebelles se dispersèrent alors dans la forêt, prêchant l'insoumission et groupant autour d'eux tous les mécontents. En 1899, Andriamanapaka, fils de Tsiandraofana, fit cause commune avec eux, et Andriantsimurina surprit et incendia le poste de Sahasinaka. Nous dûmes battre la forêt en tous sens, couvrir le pays d'un réseau de postes très rapprochés et organiser de véritables chasses à l'homme pour venir à bout de la résistance des dernières bandes d'insurgés.