La plupart du temps, les Tanala désignent du même nom leurs grands-pères et les frères de leurs grands-pères, leurs pères et leurs oncles, leurs fils et leurs neveux. Quand on veut être renseigné avec certitude sur leur famille, il faut avoir soin de leur demander s'ils parlent réellement du père qui les a engendres ou du frère de ce père, de leur propre fils ou du fils d'un de leurs frères, sœurs ou cousins.

GROUPE DE TANALA DANS LA CAMPAGNE DE MILAKISIRY.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Les adoptions et la coutume de l'échange du sang rendent encore la parenté plus confuse. Un Malgache peut toujours adopter quelqu'un, à n'importe quel âge et dans n'importe quelles conditions. La personne adoptée porte dès lors le titre de fils ou de fille, et elle a les mêmes droits qu'un enfant par la nature.

Dans la cérémonie de l'échange du sang, ou vahi-ra, deux Tanala se font une légère incision sur la poitrine et se boivent mutuellement quelques gouttes de sang en prononçant des imprécations et des formules sacrées. Ils sont dès lors «frères de sang», se doivent aide et assistance, et se considèrent comme aussi unis que par les liens de la nature.

Les esclaves faisaient également partie de la famille. Ils étaient capturés pendant la guerre, ou achetés aux trafiquants. Leur maître les traitait comme ses enfants: ils mangeaient et couchaient dans sa maison. Il pouvait les vendre, mais non les tuer, même en cas de tentative d'évasion. Une petite fille valait 16 bœufs, une femme 13 et un petit garçon 11. Un homme n'en valait plus que 3, car il pouvait à chaque instant prendre la fuite. L'abolition de l'esclavage fut annoncée aux Tanala le 6 août 1897.

La polygamie est encore d'un usage courant dans l'Ikongo. Le nombre des femmes peut être illimité, mais les plus grands chefs se contentent aujourd'hui d'une dizaine de compagnes. L'épouse préférée porte le nom de vadi-be et a autorité sur les autres.

Chez le peuple, deux jeunes gens ne peuvent s'unir que tant que leurs familles ont des tombeaux différents. Chez les Zafirambo, le mariage est interdit entre cousins germains issus de deux frères, mais il est permis entre cousins issus d'un frère et d'une sœur. Le maître peut épouser une de ses esclaves, et la condition de celle-ci se trouve alors modifiée suivant les coutumes locales. Chez les Sandrabe, elle devient libre par le fait même du mariage et sans autre formalité; chez les Marohala, elle ne le devient que si son maître l'a proclamé en présence du fokon'olona; chez les Antaisahafina, elle continue à être esclave et porte le nom de vadi-sindrano. Néanmoins, les enfants qu'elle a avec son maître naissent et restent libres. La femme et les enfants en âge de raison sont toujours consultés pour les affaires de famille.

Tout noble qui prend la femme d'un roturier doit payer en guise d'amende: à Fort-Carnot et à Sahalanona, une vache pour le peuple; à Bekatra une ou deux piastres selon le cas; à Sahasinaka, un bœuf de deux ans; à Ankarimbelo, quatre bœufs dont trois pour le mari trompé et un pour le peuple. Si c'est un roturier qui prend la femme d'un noble, les amendes sont plus lourdes: à Belowoka, une vache; à Sahasinaka et à Bekatra, un bœuf de six ans; à Sahalanona, huit bœufs d'amende; à Fort-Carnot, huit vaches. Les coutumes d'Ankarimbelo sont plus sévères: tout roturier qui prend la femme d'un noble devient l'esclave de ce noble, à moins de payer une amende de quinze bœufs, dont onze pour le mari et quatre pour le peuple.