Mademoiselle Catinka Heinefetter s'était d'abord retirée à Liège, chez sa soeur, mademoiselle Sabina; mais quatre ou cinq jours après la mort de M. Sirey, elle reparut sur le théâtre de Bruxelles. Le public habitué à l'applaudir, l'accueillit très-froidement.
M. Sirey était marié à une jeune femme et père de deux enfants. Il y a huit ans, il avait eu le malheur de tuer en duel, à la suite de discussions d'intérêt, un de ses parents. M. Durepaire.--Accusé d'homicide volontaire commis avec préméditation, il comparut le 26 août 1836 devant la cour d'assises de la Seine, M. Crémieux fut chargé de sa défense. Le jury l'acquitta, mais la cour, considérant qu'il était l'auteur de la mort de M. Durepaire, le condamna à payer par corps à la veuve de sa victime, en qualité de tutrice de sa fille mineure, la somme de 10,000 fr.
Le Code d'instruction criminelle belge exige qu'un accusé qui n'est pas détenu préventivement se constitue prisonnier un mois avant le jour indiqué pour l'ouverture des débats du procès. Dans une lettre en date du 19 février 1813, et publiée par les journaux judiciaires, M. Caumartin déclare que l'arrêt de mise en accusation ne lui a pas encore été notifié.
«Cependant, ajoute-t-il, au moment où je me disposais à partir pour Bruxelles, on fait annoncer dans les journaux de Belgique et répéter par la presse de Paris que la famille Sirey va, en vertu de l'art. 7 du Code d'instruction criminelle, me poursuivre devant les tribunaux français. Je ne veux pas, en quittant mon pays, avoir l'air de fuir devant une menace et perdre ainsi le bénéfice de ma comparution volontaire devant la justice belge; quelque pénibles que soient pour moi ces lenteurs, que je me suis toujours efforcé d'abréger, je vais encore attendre ici l'effet de cette menace déclarant à l'avance que j'accepte toutes les juridictions qu'on voudra choisir, et que je suis prêt à donner l'explication de ma conduite partout où l'on jugera à propos de me la demander.»
De son côté, M. Sirey père vient de démentir cette nouvelle, et il somme M. Caumartin d'aller se constituer prisonnier à Bruxelles.
Le Commerce Belge contenait, ces jours derniers, une note ainsi conçue: «Parmi les pièces à conviction qui seront produites dans cette affaire, se trouve l'arme avec laquelle le meurtre a été commis et la canne qui la renferme, ainsi que les habillements que portait M. Caumartin dans la fatale soirée. La canne est en bambou, surmontée d'une figure chinoise; elle est cassée à la partie inférieure; la lame a de 31 à 32 centimètres de longueur; le pantalon en drap noir et la chemise portent à l'endroit de la cuisse un trou formé par un instrument tranchant, et sur la partie de la chemise qui correspond à ce trou, on remarque une grande tache de sang, ce qui ferait présumer que M. Caumartin a été blessé à la cuisse, on remarque également des taches de sang à la manche gauche de la chemise: au gilet en velours, deux boutons sont arrachés et la doublure du dos est déchirée; l'habit, de drap marron, est arraché au parement gauche et près du collet. Ces pièces à conviction ont été transmises depuis quelques jours à la cour d'assises.»
Chambre de Mademoiselle Heinefetter, où est mort M. Sirey.
Plan de l'appartement de Mademoiselle Heinefetter.
A Endroit où le meurtre a été commis.--B Endroit où Mlle Heinefetter prétend avoir vu retirer le stylet de la plaie par Caumartin.--C Tache de sang. Endroit où Sirey a rendu le dernier soupir.--a Mlle Heinefetter--b M. Sirey.--c Mme B.--d Mme J.--e Mme de K.--f M. D..... de Liège.--g M......de Liège.--h M. L.--i Guéridon où étaient placés des objets de fantaisie.--j Place qu'occupait M. Caumartin pendant le souper.--k Poêle.--l Cheminée.--m Causeuse.--n Divan.--o Guéridon où étaient deux bouteilles et verres vides.--p Piano droit de Mlle H.--o Lit.--r Cheminée.--s Divan.--t Lit.--u Divan.--v Lit--x Divan.