Assassinat de M. Drummond, Secrétaire de sir Robert Peel, par M'Naughten--Les Assassins des ministres anglais: Felton(1628); Guiscard (1710); Bellingham (1812).--Le vendredi, 20 janvier dernier, à 7 heures du soir, M. Drummond, secrétaire particulier de sir Robert Peel, se rendait de son domicile aux bureaux de la trésorerie, lorsqu'un jeune homme lui tira, presque, à bout portant, un coup de pistolet.--M. Drummond, atteint à la partie inférieure du dos, tomba évanoui.--Pendant que les personnes accourues au bruit de la détonation s'empressaient de lui prodiguer les premiers secours, des policemen arrêtaient l'assassin, qui n'essaya même pas de fuir, et qui s'écria: «Il (ou elle) ne m'ennuiera pas plus longtemps.»

L'état de M. Drummond n'inspira d'abord aucune inquiétude. Les chirurgiens appelés auprès du blessé reconnurent que la balle avait traversé les côtes et s'était logée dans l'abdomen; ils en opérèrent l'extraction sans peine, mais ils commirent l'imprudence de saigner leur malade trois fois de suite. Épuisé par cette perte de sang, M. Drummond succomba le mercredi suivant, 25, à onze heures du matin. On avait craint une inflammation; pour la prévenir, on fit mourir le malade de faiblesse. C'est un moyen infaillible dont la médecine moderne se sert fréquemment; aussi la Revue médico-chirurgicale de Londres vient-elle de publier un article de M. Wardrop sur les dangers des saignées avec cette épigraphe: Le sang est la vie.

Cependant l'assassin avait été conduit à la station-house (maison d'arrêt) du bureau de police de Bow-street. Il déclara être Écossais, et se nommer M'Naughten, mais il refusa de révéler les motifs qui l'avaient déterminé à commettre un pareil crime.--On trouva sur lui:

Deux billets de 5 livres sterling.
3 livres sterling en or.
Un reçu de la banque de Glasgow de 7501. st.
Total
250
75
18,550
18,875
fr.

Dès le lendemain M'Naughten fut amené à l'audience du bureau de police de Bow-street. Après avoir reçu les dépositions des agents de police et des autres individus qui avaient été témoins du crime, M. Hall avertit le prévenu qu'il était libre de parler ou de se taire. «Je n'ai rien à dire,» répondit M'Naughten; mais un quart d'heure s'était à peine écoulé, qu'il demanda à être ramené à l'audience. «Oui, s'écria-t-il, les tories m'ont chassé de ma ville natale; ils m'ont poursuivi de ville en ville, car ils sont décidés à me perdre. Je ne puis être tranquille ni le jour ni la nuit. Ce sont les tories qui m'assassinent, je le prouverai.»

La justice anglaise est plus expéditive que la justice française. A Paris les voleurs et les assassins restent souvent six mois en prison avant d'être jugés. Le 2 février, c'est-à-dire douze jours après la perpétration de son crime, l'assassin de M. Drummond comparut devant la cour criminelle centrale de Londres. Lecture faite de l'acte d'accusation, le greffier lui demanda, selon l'usage, s'il se reconnaissait coupable ou non coupable. M'Naughten sembla ne pas comprendre cette question; on fut obligé de la lui répéter. «J'étais désespéré,» répondit-il.

«Vous devez dire, répliqua le greffier, guilty or not guilty, coupable ou non coupable.»

M. Clarkson, avocat de M'Naughten, s'étant levé pour répondre, lord Abinger, le président de la cour, le pria de se rasseoir et de garder le silence, M. Clarkson obéit. M'Naughten demeura pendant quelques minutes plongé dans de profondes réflexions. Tout à coup il s'écria: «Je suis coupable d'avoir tiré un coup de pistolet.

--Vous êtes seulement coupable d'avoir tiré un coup de pistolet? lui demanda lord Abinger.