PAOLO DELLA ROCCA (1458).--Après la mort de Vincentello, le peuple choisit, pour lui succéder, Paolo della Rocca. Sa première expédition fut de marcher contre Simone, qui avait pris du crédit: il le battit, le força à se retirer à Gènes. Là, cet infâme citoyen continua à conspirer contre sa patrie; il entraîna les Montalti, les Fregose, les Adorne, qui, aussi peu sages que la Maona, éprouvèrent le même sort. Mais, à mesure que les Corses détruisent un ennemi, il en parait dix autres: affoiblis par leur victoire même: ne pouvant ni prévenir l'attaque, ni profiter de leurs succès, ils se trouvent dans la plus triste position. Si un élément ennemi ne les eût empêchés de l'atteindre, Gènes, superbe repaire! tu n'aurais pas longtemps insulté à nos malheurs... Pouvoir d'un bras désespéré se venger en un moment de tant d'affronts, d'un seul coup assurer l'indépendance de sa patrie et donner aux hommes un exemple éclatant de justice... Dieu! ton peuple ne seroit-il pas le foible opprimé?

Dans cette position désespérée, l'évêque d'Aleria ouvrit l'avis d'implorer la protection des papes; Eugène occupoit alors la chaire pontificale. Ravi de cette heureuse circonstance, il envoya un légat en Corse. Les Adorne prétendirent mettre obstacle à ce nouvel ordre de choses: mais battu. Gregorio Adorno paya par sa captivité les vues ambitieuses de son oncle.

MARIANO DI GAGGIA (1445).--Les peuples nommèrent pour gouverner sous la protection des papes Mariano di Gaggia. Mariano, implacable ennemi des caporaux, leur fit une guerre opiniâtre; il brûla, dévasta leurs biens, démolit leurs châteaux. Les caporaux distingués par leur crédit sur le peuple en étoient les chefs; mais, corrompus, ils ne servirent plus qu'à l'égarer, et la nation étoit victime de leur ambition et de leur avidité: funestes effets de l'ignorance de la multitude. L'on ne peut disconvenir cependant que les caporaux n'aient rendu des services à la Corse. Leur histoire est à peu près celle des tribuns de Rome. Après sa brillante expédition contre les caporaux. Mariano ne fit plus rien qui fût digne de sa réputation; il conserva sa prépondérance sur le peuple malgré le grand nombre de ses ennemis; mais il s'en servit pour prêcher la soumission à l'Offizio. L'histoire, méprisant cette indigne conduite, ne s'occupe plus de lui, et le laisse mourir dans l'oubli.

Peut-être, à l'ombre de la tiare, on eût vécu tranquille; mais le pape Nicolas V, Génois, ami des Fregose, donna l'investiture de la Corse à Lodovico, chef de cette maison. Les Corses, bien loin d'approuver cette élection, coururent aux armes avec leur intrépidité ordinaire, et repoussèrent ce nouvel adversaire. Galeazzo di Campo Fregoso, découragé, céda à la république le peu de forts qu'il tenoit; mais les Génois, constants dans leur politique, engagèrent l'Offizio de San Giorgio à succéder aux Fregoso, et firent naître dans cette compagnie une espérance de sucres qu'ils étoient bien loin de désirer.

A cette époque, l'esprit de la nation étoit perverti; l'on ni respiroit que factions, que divisions. L'Offizio fit des préparatifs considérables; son premier acte dans l'île fut d'assembler ses partisans à Lago Benedetto. Là, il annonça ses dispositions bénignes: ce n'étoit que pour le bonheur des Corses qu'il vouloit les subjuguer. Ce jargon, auquel ils eussent dû être accoutumés depuis longtemps, en éblouit plusieurs. La liste de ses adhérents s'accrut; une partie considérable de l'île envoya des députés à la diète de Lago Benedetto, où ils arrêtèrent les pactes conventionnels de la souveraineté de l'Offizio.

(La suite au numéro prochain.)

Théâtres.

Charles VI opéra en cinq actes, paroles de MM. CASIMIR et GERMAIN DELAVIGNE, musique de M. F. HALÉVY, divertissements de M. MAZILIER, décorations de MM. CICERI, PHILASTRE, CAMBON, SÉCHAN et DESPLÈCHIN.

C'est une terrible affaire qu'un opéra en cinq actes, et qui exige une notable dose de patience et de force chez le poète, chez le musicien, et souvent aussi chez l'auditeur. Je ne parle pas des acteurs: jamais acteur, que je sache, ne s'est plaint que son rôle fût trop long.

Déjà, et plus d'une fois, on a reproché à l'Opéra l'énormité de ce fardeau qu'il impose, chaque année, à l'attention du public: mais, à cela, les gens de théâtre ont une réponse toute prête, et qui leur parait péremptoire: c'est que les pièces en cinq actes sont plus lucratives. Sans doute, trois actes bien faits doivent suffire à l'appétit d'un homme de lettres, d'un artiste, d'un avocat, peut-être même d'un avoué; mais, les banquiers, les épiciers, les marchands de calicot, les fabricants de bas de Paris, tiennent surtout à la quantité, et c'est pour eux que l'on travaille On comprendra sans peine que, partout où la question financière se présente, il faut bien que la question d'art lui cède la place et disparaisse. Va donc pour cinq actes! jouissez-en, mon cher lecteur, ou subissez-les, selon que vous appartenez à l'une ou à l'autre des deux catégories de spectateurs que je viens d'indiquer ci-dessus.