BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE ÉTRANGER.

Report and Appendices of the children's employment commission presented to both houses of Parliament, by command of Her Majesty.--Rapport et Appendices de la commission du travail des enfants dans les manufactures, présentés aux deux Chambres du Parlement, par l'ordre de Sa Majesté (non traduits). Mars, 1843.

Le rapport de la commission chargée de faire une enquête sur le travail des enfants dans les manufactures a été présenté la semaine dernière aux deux Chambres du Parlement. Il passe successivement en revue les diverses industries de Londres et des comtés de l'Angleterre. Est-il nécessaire d'ajouter qu'il révèle une foule de faits inconnus jusqu'alors et tellement horribles, que s'ils n'étaient attestés solennellement par les membres de la commission d'enquête, personne n'oserait y ajouter foi? La veille du jour fixé pour le dernier bal de la cour, un pair d'Angleterre avait lu la partie de ce rapport qui concerne les marchandes de modes, les fabricantes de dentelles et les couturières. Un de ses amis le pressait de l'accompagner: «Je n'irai pas à ce bal, répondit-il, je n'y aurais aucun plaisir; à chaque pas je croirais voir sortir de leurs cercueils les cadavres de tous les infortunés qui sont morts à la peine en fabricant les divers objets de luxe dont se compose la toilette des femme.»

Il nous est impossible, on le conçoit, d'analyser un pareil travail. Toutefois, afin de prouver son importance, nous citerons quelques faits choisis au hasard.

--Un deuil de coeur rend toujours aveugles au moins trente jeunes filles, déclare M. Tyrrell, médecin de l'hôpital ophthalmique.

--A Nottingham, M. Grainger, le rapporteur, visita une maison assez propre et confortable d'ailleurs, où il trouva quatre petites filles occupées à la fabrication de la dentelle. L'aînée avait huit ans, la cadette deux ans, les deux autres six et quatre ans. Elles gagnaient chacune environ 10 centimes par semaine.

--Dans la même ville, certaines mères ont l'habitude d'administrer du laudanum à leurs petits enfants, pour les forcer à rester tranquilles pendant qu'elles travaillent; car si elles étaient obligées de s'en occuper, elles ne gagneraient plus de quoi vivre. On augmente la dose de jour en jour; aussi la plupart des enfants meurent-ils avant d'avoir atteint l'âge de deux ans. «Depuis l'âge de six ans, disait une jeune ouvrière, je travaille quatorze à quinze heures par jour. Je gagne 5 shellings par semaine. Si je ne faisais pas boire du cordial à mon enfant, il m'empêcherait de travailler et je mourrais de faim.»

--A Willenhall, un enfant dépose en ces termes: «Je suis bien traité, mon maître ne me bat pas beaucoup; il ne me frappe jamais qu'avec un bâton ou un fouet, ou le manche d'un marteau.» Un autre enfant se montre également satisfait, parce que son maître ne le bat jamais plus de cinq minutes à la fois.

Ces enfants, qu'on fait travailler dès l'âge de deux ans, ou auxquels on donne chaque jour une portion de laudanum pour les endormir, ne reçoivent aucune instruction, et ne deviennent jamais des hommes, alors même qu'ils ont la force de supporter ce terrible régime. Leur ignorance égale leur faiblesse physique. Comment ne serait-il pas, en outre, cruels et débauchés? Dès leur bas-âge, ils n'ont sous les yeux que de mauvais exemples, et ils se trouvent très-bien traités lorsque leur maître ne les bat qu'avec un bâton.

Le rapport de la commission du travail des enfants dans les manufactures intéresse non-seulement l'Angleterre, mais les autres pays manufacturiers. Nous en recommandons la lecture à tous les hommes qui s'occupent encore de l'amélioration physique, intellectuelle et morale des classes ouvrières.