Une loi portant crédit de 2.500.000 fr. a été présentée par le gouvernement à la Chambre des Députés. Mais les membres chargés de l'examen de la proposition dans les bureaux ont déclaré l'insuffisance de ce secours, et ne l'ont considéré que comme provisoire. En membre a demandé que les colons fussent dispensés du droit de mutation à raison des successions qui s'ouvriront par suite de la catastrophe. La loi a été votée à l'unanimité.

Des ordres ont été immédiatement donnés, par le télégraphe dans tous nos ports, et des navires sont en route déjà, emportant un million de rations, des médicaments et des secours de toute nature.

Mais le public, la France entière, n'avait pas attendu l'initiative du gouvernement. Des souscriptions se sont organisées en tous lieux, et une commission, présidée par M. le ministre de la Marine, est chargée de centraliser les fonds, d'en assurer et d'en ordonner l'envoi. Le clergé tout entier a ordonné des quêtes paroissiales. Les élevés des écoles publiques ont réuni aussi leurs efforts; ceux du collège de Henri IV qui comptent parmi eux beaucoup de jeunes gens appartenant aux colonies, et qui, les premiers, ont conçu cette heureuse pensée, ont voulu, par un sentiment plein de délicatesse, que la quête n'eût lieu que parmi les élèves appartenant à la métropole. La garde nationale, qui, en toute circonstance, s'inspire des généreux instincts du pays, est allée au-devant de cette grande infortune. Le reliquat des caisses de compagnie, qui, au moment des élections, sert à réunir autour d'un banquet d'adieux de joyeux convives, est cette fois consacré avec joie à une belle et bonne action. L'armée obéit à cet entraînement généreux: déjà plusieurs corps ont demandé au ministre l'autorisation de consacrer à cette largesse nationale une partie de leur solde.

Le National de l'Ouest annonce que le commerce de Nantes s'occupe d'expédier sans retard des navires chargés de vivres, d'objets de première nécessité et de matériaux de construction, non comme spéculation, mais comme offre de nationaux à nationaux, de frères à frères. C'est là un bel exemple qui trouvera des imitateurs, il faut l'espérer, dans nos villes du littoral.

Il est impossible qu'un élan si unanime, que des sympathies si actives, si spontanées, ne rendent pas à nos malheureux compatriotes de la Guadeloupe l'ardeur et l'énergie morales qui, seules, peuvent réparer ce qu'un aussi grand malheur a de réparable.

Sans doute, une infatigable persévérance, de longues privations, d'intelligents travaux seront longtemps nécessaires avant même que les traces matérielles du désastre aient disparu. On ne rebâtit pas en quelques années une ville de 900 maisons bâties en pierre, élégantes, de vastes magasins, des édifices publics.

Un commerce considérable, une industrie active, qui, pour la préparation du sucre, compte dans la Guadeloupe seulement 361 moulins, se ressentiront longtemps sans doute d'un pareil désastre, qui intimide et paralyse les spéculations et les créations industrielles.

Mais le concours du gouvernement, et les efforts de la nation entière, auront pour objet surtout de ranimer la confiance et de faciliter les relations de la France avec ses colonies.

Nous donnerons, dans notre prochaine livraison, un plan très-détaillé de la ville détruite.

Puissent le crayon de nos artistes, le burin de nos graveurs, n'avoir plus à retracer d'aussi désolantes scènes! Puisse L'ILLUSTRATION n'avoir à illustrer désormais que des sujets de moeurs, des descriptions gracieuses, des sujets moins sombres et moins désolés!