(Deuxième Vue du Salon carre.)
1068 Jeanne d'Arc faisant son entrée à Orléans, par Scheffer.
773 La Cène, par Leloir.
288 La Vierge au sépulcre, par Coutel.
1889 Saint Paul en prison baptise le geôlier et sa famille, par Yvon.
104 Un Ravin, paysage, par Buttura.
362 Portrait de madame la comtesse de la G..., par Drolling.
170 Le chancelier de l'Hôpital par Caminade.
281 La vision de saint Hubert, par Vinchon.
1179 Achille de Harlay, par Vinchon.
1069 Portrait de S. A. R. Mgr. le duc d'Orléans, par Scheffer.
1107 Juda et Thamar, par Horace Vernet.
101 Portrait de M. de Gisors, architecte du palais de la chambre des Pairs par Blondel.
78 Souvenir des environs de Sorrenti, paysage, par Bertin.
1019 Portrait de M. Dominique M.... statuaire, par Rouillard.
1102 Jeune pâtre de la campagne de Rome, par Ségur.
M. Horace Vernet.--Encore un sujet biblique: Juda et Thamar. En vérité, la peinture prouve bien que la Bible est le plus beau livre que les hommes aient jamais écrit: «On est toujours convenu,» disait le fameux comte de Caylus, «que plus un poëme fournissait d'images et d'actions, plus il avait de supériorité en poésie. Cette réflexion m'avait conduit à penser que le calcul des différents tableaux qu'offrent les poèmes pouvait servir à comparer le mérite respectif des poèmes et des poètes.»--Sous ce rapport, la Bible est certainement plus riche encore que l'Iliade.
Juda présente un collier à Thamar, qui se voile à demi la figure; derrière ces deux personnages, un chameau richement équipé; à l'angle gauche, une touffe de lauriers-roses.--On retrouve dans cette composition la merveilleuse facilité, la riche exécution de M. H. Vernet; le costume de Juda surtout présente une étude d'étoffes remarquable; cependant il nous semble que l'esprit biblique fait un peu défaut; on dirait que dans son voyage en Orient, M. Horace Vernet s'est préoccupé plutôt du costume, de l'équipement des hommes et des chevaux, que du caractère des visages et de la nature: ainsi on avait déjà reproché à son tableau biblique d'Éliézer et de Rébecca, de n'avoir pas une expression assez franchement juive. Ce que nous croyons pouvoir blâmer aujourd'hui dans la nouvelle composition de l'illustre peintre, c'est le frais paysage qui entoure Juda et Thamar; le ciel a une pâleur presque froide, et les plantes sont vertes comme par une matinée de printemps, ou comme si l'on venait de les arroser.
M. E.-F. Buttura.--Un ravin, paysage historique.--La poésie et la prose de nos jours s'épuisent à décrire; nos plus grands romanciers sont à la fois des paysagistes distingués; pictura poesis, disait Horace; aujourd'hui, nous disons volontiers: poesis pictura, sur la foi de Montesquieu. Et pourtant, quelques belles vallées, quelques riantes campagnes que nous aient faites nos grands écrivains, nous ne pouvons, en face d'un tableau, nous défendre de reconnaître la stérilité et l'impuissance de la description écrite. Quel pacte eût jamais peint aux veux, comme l'a fait M. Buttura, cette étroite et profonde vallée, resserrée à droite par des rochers, qui se relèvent encore dans le fond du tableau, au-dessus de la cime des bois, cet aspect d'automne, ces arbres déjà rougis, ces nuages ardoisés, qui se roulent sur eux-mêmes, comme à la suite d'un violent orage, ces ombres du soir qui remplissent déjà tout le fond de la vallée:
« Majoresque cadunt altis de montibus umbrae, »
tandis qu'un dernier rayon de soleil vient illuminer obliquement le sommet des grands arbres? Il y a dans ce tableau le sentiment sérieux d'une nature vigoureuse, idéalisée plutôt par les effets de lumière et l'harmonieuse disposition des contours, que par un choix de détails singuliers et ingénieux. Peindre ainsi la nature, c'est l'avoir regardée sans travail d'imagination, l'avoir vue trop belle pour vouloir lui ajouter encore des embellissements; il faut en même temps que l'on se soit dérobé par le sentiment du coeur à la servitude des détails, et qu'on ait désiré faire le portrait de cette vallée, non pas pour que les moineaux pussent s'y tromper, mais bien pour retrouver soi-même dans cette peinture l'émotion que l'on avait ressentie devant ce simple et beau spectacle, the modesty of nature, comme dit Shakespeare.
«Douce mélancolie! aimable mensongère,
Des antres des forêts déesse tutélaire,