Qui vient d'une insensible et charmante langueur,
Saisir l'ami des champs et pénétrer son coeur,
Quand sorti vers le soir des grottes reculées,
Il s'égaie à pas lents au penchant des vallées,
Et voit des derniers feux le ciel se colorer,
Et sur les monts lointains un beau jour expirer.»
André Chénier se promenant le soir dans la profonde vallée, ne pensait guère aux temples grecs. Pourquoi donc M. Buttura a-t-il imaginé de gâter le fond de son tableau par le profil d'un semblable monument? Serait-ce une lointaine influence de Berlin?
M. Bidault.--Nous avions, dans un premier article, appelé l'attention publique sur le nº 89, qui recèle un paysage de M. Bidault, membre du jury d'examen. Nous devons signaler encore plus expressément le nº 88: Vue de la Vallée d'Enfer, à Subiaco. Celui-là, il faut le voir pour le croire. En 1840, M. Théophile Gautier, critique souvent fort peu révérencieux, comme chacun sait, disait des paysages de M. Bidault: «On n'en voudrait pas pour devant de cheminée dans une auberge de village.» Et, cependant, ils sont reçus à l'unanimité, et, qui plus est, on leur fait l'honneur du salon carré. Ce sont des moutons qui défilent sur un pont, tandis que de grands arbres maigres, ou plutôt de grands brins de balais, défilent du même pas, et parallèlement sur la rive. Ils s'en vont, en vérité, ils s'en vont l'un derrière l'autre, et vous penseriez être en voiture à voir ainsi marcher ces pauvres arbres. Nous croyons d'ailleurs pouvoir certifier que ces arbres sont entièrement inédits, et ne croissent qu'à Subiaco, dans la vallée d'Enfer. Les botanistes devront analyser scrupuleusement ces étranges phénomènes, que nous n'avions encore jamais rencontrés, si ce n'est peut-être dans le poëme des Saisons, de Saint-Lambert, et dans les vignettes des livres d'éducation.
«N'en riez point, Félix, il sera votre juge.»
M. Isabey.--«Vue du port de Boulogne, prise de la mer.» Ce titre est fallacieux, méfiez-vous-en; il y a là une anacoluthe manifeste; le livret devait dire: «Vue de la mer, prise du port de Boulogne.» M. Isabey n'a jamais fait de véritables marines, mais seulement des panoramas nautiques; il n'a point étudié la vague elle-même, prise absolument, comme fait M. Gudin; aussi n'a-t-il jamais peint de vagues, mais seulement de l'eau de mer; il lui manque le sentiment de Valtum mare; ses flots supposent toujours une côte voisine; M. Gudin nous donnerait, s'il voulait, dans une cuvette la profondeur et l'immensité du grand Océan; M. Isabey prendrait une toile de cent pieds carrés sans pouvoir nous faire quitter la rade; nous serions toujours en vue du phare.