Examinant les avantages qui doivent résulter de ce système, M. Leroux trouvait que, «sans parler de la rapidité de la composition, et en la comptant pour rien, il donne un important résultat, à savoir, que l'on stéréotype ainsi sans aucuns frais, et en avançant seulement la quantité de métal nécessaire; qu'il représente l'imprimerie mobile et le stéréotypage à la fois, avec tous leurs avantages respectifs.»

Bibliographie.

Un Million de Faits. Aide-Mémoire universel des Sciences, des Arts et des Lettres; par MM. J. Aicard, Desportes, Paul Gervais, Léon Lalanne, Ludovic Lalanne, A Le Pileur, Ch. Martins, Ch. Vergé et Young. 1 vol. grand in-18 à deux colonnes, de 24 feuilles, avec 500 gravures sur bois. Paris, 1843. (Dubochet et Comp.) Deuxième édition. 12 francs.

Le Million de Faits est une encyclopédie portative. Il doit former la hase et le complément de toutes les bibliothèques publiques ou privées, car il s'adresse en même temps à ceux qui avaient appris mais qui oublient, et à ceux qui ne savent pas encore. Ignorez-vous un fait important que vous désirez connaître, ou votre mémoire est-elle infidèle: un indice alphabétique de huit mille mots vous fournit immédiatement le moyen de vous procurer l'instruction qui vous manque. Est-ce une branche entière des connaissances humaines que vous vous proposez d'étudier: jetez un coup d'oeil rapide sur la table analytique des matières, et vous trouverez à l'instant même le traité spécial dont vous avez besoin.--En effet, ce beau volume de 24 feuilles à 2 colonnes de 79 lignes équivaut à 24 volumes in-8 de 379 pages.

Le titre et l'idée première du Million de Faits appartiennent aux Anglais, mais l'exécution en est toute française. Ainsi L'Illustration imite, sans le copier, le journal qui parait à Londres sous le titre de London Illustrated News. Le Million of Facts obtint en Angleterre un brillant succès, bien qu'une critique intelligente lui reprochât de graves défauts: le manque de méthode, l'omission de certaines sciences importantes, des erreurs nombreuses dans les faits, des hérésies incroyables dans les théories. On ne pouvait donc pas songer à le traduire; il fallut le refaire entièrement. Des écrivains déjà connus avantageusement dans les sciences et dans la littérature se chargèrent de cet immense travail, et résumèrent sous leur forme la plus concise tous les résultats de quelque importance qui sont définitivement acquis à l'esprit humain. Aussi le Million de Faits français n'est-il pas moins heureux que son rival d'outre-mer. Deux éditions épuisées en six mois ont prouvé à ses auteurs que le public savait encore--bien que des esprits chagrins affirment le contraire--apprécier les ouvrages sérieux et utiles, quand ils sont conçus avec intelligence, et rédigés avec autant de conscience que de talent.

Colonies étrangères et Haïti, résultats de l'émancipation anglaise, par Victor Schoelcher. 2 vol. in-8. Paris, 1845. (Pagnerre) 12 fr., avec une carte de Haïti.

M. Victor Schoelcher poursuit avec un zèle méritoire la grande oeuvre qu'il a entreprise.--L'année dernière il avait, dans son ouvrage sur les Colonies françaises (1 vol. in-8), décrit l'esclavage, et prouvé qu'il était nécessaire de l'abolir.--Ses Etudes des colonies étrangères, qui viennent de paraître, compléteront le tableau, en montrant la préparation à l'affranchissement dans les îles danoises, l'affranchissement dans les îles anglaises, la liberté dans Haïti. «Le lecteur, dit-il, parcourra de la sorte toutes les phases de cette haute question: le passé, le présent, le commencement de l'avenir, l'avenir réalisé; il verra à l'oeuvre ces hommes dont les planteurs ont contesté l'intelligence, la bonté, l'éducabilité, et jusqu'à la ressemblance avec l'homme; alors il pourra les juger tels qu'ils sont. Toute une race vouée depuis des siècles à la barbarie et à l'esclavage, s'essayant à la liberté et faisant ses premiers pas dans la civilisation, quel sublime tableau! »

Un voyage fait, en 1841, aux colonies anglaises et aux îles espagnoles, remplit tout le premier volume. Après avoir résumé l'histoire de l'acte mémorable du Parlement (28 août 1833), qui prononçait l'abolition de l'esclavage dans toutes les colonies de la Grande-Bretagne, M. Victor Schuleher examine quels ont été, à la Dominique, à la Jamaïque et à Antigue, les résultats de cette révolution. A Puerto-Rico et à Cuba, l'esclavage règne encore, plus impitoyable, plus horrible, plus dégradant que partout ailleurs; mais M. Schoelcher rappelle aux colons espagnols ces paroles prophétiques de M. de Humboldt: «Si la législation des Antilles et l'état de la race africaine n'éprouvent pas bientôt des changements salutaires; si l'on continue à discuter sans agir, la prépondérance politique passera entre les mains de ceux qui ont la force du travail, la volonté de s'affranchir et le courage d'endurer de longues privations. »

Les habitants des colonies danoises, Saint-Thomas et Sainte-Croix, ne veulent d'affranchissement sous aucune forme, mais le gouverneur, M. Peter von Scholten, use largement de son pouvoir absolu pour améliorer la condition des esclaves, et l'émancipation française déterminerait infailliblement celle des îles danoises.

Une intéressante histoire et une description détaillée de Haïti occupent environ les deux tiers du second volume, qui se termine par des réflexions sur le droit de visite et un coup d'oeil sur l'état de la question d'affranchissement. Le tome premier renferme, en outre, l'acte pour l'abolition de l'esclavage dans les colonies anglaises, et une histoire abrégée de la traite.