(1: Christofaro da Montalto, un des ministres de la Maona, appelle en 1401 les principaux Corses à un pourparler; c'étoit un piège qu'il leur tendoit. Il en fit périr une partie, et retint les autres en otage.

(2: Andrea Lomellini, qui étoit à la tête de la compagnie de la Maona, en 1404, se montra digne de ses prédécesseurs par le barbare traitement qu'il fit éprouver à Attale.

(3: C'est, entre autres, de Galazzo di Campo Fregoso que vouloit parler Giocante: ayant appelé les caporaux pour se liguer avec eux contre les seigneurs, il les fit arrêter pour profiter de la consternation répandue parmi ceux de leur parti, et il se mit en campagne à la tête d'une armée.

(4: Bartholommeo Grimaldi, quelques années après, proposa une pareille entrevue. Un nommé Sozzarello seul fut assez dupe pour s'y rendre; il n'a plus reparu.

Gherardo, frère du seigneur de Piombino, séduisit nos insulaires par sa magnificence; mais, né dans les plaisirs. Gherardo ne put souffrir les incertitudes de la guerre, et il se retira chez son frère.

GIOVAN PAOLO (1487)--L'Offizio revint alors avec de plus fortes espérances, mais vingt ans n'avoient pas suffi pour calmer l'indignation qu'avoient inspirée ses forfaits; Giovan Paolo, mis à la tête des patriotes, courut aux armes. Giovan Paolo, enfant, avoit échappé au massacre de Vico; encore teint du sang de ses pères, il présenta pendant seize ans un front redoutable. L'Offizio consterné, réduit aux seuls ports de Calvi et de Bonifacio, fut plusieurs fois sur le point d'abandonner son entreprise; mais Giovan Paolo dut succomber lorsqu'il se trouva privé de ses principaux appuis. Son fils fut fait prisonnier en allant voir, à Vico, une femme qu'il aimoit. Rinuccio di Leca, son compagnon d'armes, avoit un fils prisonnier à Gênes; Fieschi, général des troupes de l'Offizio, passa en Corse, et proposa à Rinuccio une entrevue, afin de renouveler leur connoissance; car ils avoient été élevés ensemble à la cour de Milan. L'expérience avoit instruit Rinuccio; il refusa, craignant quelque piège. Alors Fieschi se présente seul à sa demeure et l'accable de mille marques d'une tendre amitié. «Tu t'es défié de moi, lui dit-il; les années ont effacé cette étroite liaison qui confondit nos premières affections et nos jeunes âmes; mais, dans mon âme, les impressions se conservent. Nous étions alors à l'aurore des passions; que de beaux tableaux nos jeunes imaginations nous traçoient dans l'avenir! quel plaisir pur nous goûtions! nous sentions tous les délices d'une amitié réciproque.

«--Fieschi, répondit Rinuccio, vous me rappelez des temps qui seront toujours chers à mon coeur, et qui ne s'effaceront jamais de ma mémoire; mais, devant voir en vous un ennemi qui, sans droit, ravage cette patrie infortunée, je ne voulois point y reconnoitre les traits qui, pendant dix ans, furent ceux de mon ami; votre confiance, votre âme noble est au-dessus de la mienne... Pardonnez, Fieschi, vous avez passé votre vie dans les délices de Gênes, et moi, depuis le moment où je vous quittai, je fus toujours dans les factions, dans les guerres, dans les inimitiés, qui nécessairement rendent l'homme farouche et ferment son coeur aux doux épanchements. J'ai vu le fils trahir le père; j'ai vu l'hospitalité, la sainte suspension des traités ne servir qu'a cacher les trames les plus horribles; votre nation nous en a donné tant d'exemples, que je vous fis un moment l'injustice de me souvenir moins de votre caractère que de votre patrie; mais il m'est bien doux de vous retrouver, et vous me voyez glorieux de la victoire que vous remportez sur moi. Puisque l'Offizio vous envoie commander ses armées, il a donc changé de système, il s'en trouvera mieux; les trahisons ne font qu'aigrir les âmes, et si elles préparent des triomphes, ils sont de courte durée.»

Tels étoient les discours qu'ils se tenoient; Fieschi étoit dans la fleur de l'âge, grand, beau; la sérénité, la douceur étoient peintes dans sa physionomie, et l'onction de son discours achevoit de lui captiver tous les coeurs. Il fit une douce impression sur celui de Rinuccio, qui se reprochoit de s'être laissé vaincre en générosité et d'avoir pu calomnier un vieil ami... Celui-ci attendit le moment avec impatience, il courut dans le camp de Fieschi; il y étoit attendu, les ordres étoient donnés pour le recevoir... et pour l'arrêter. Conduit dans une obscure prison, de là dans le château d'Evisa, il y passa quelques semaines, et, après que son premier mouvement dut être calmé, Fieschi se présenta à lui. «Il ne tient qu'à vous, lui dit-il, d'améliorer le sort de votre patrie et de votre famille; vous et votre fils vous vivrez dans les honneurs; vous goûterez les charmes de la paix et les avantages que doit vous procurer votre immense fortune. L'Offizio prendra pour base de son gouvernement le pacte del Lago Benedetto; devenez son appui, livrez-lui vos châteaux et faites abandonner par vos partisans l'armée de Giovan Paolo.»

Rinuccio étouffoit d'indignation, sa voix étoit éteinte; il ne répondit que par un regard terrible et un morne silence... Fieschi ne se découragea pas, il lui tint toute espèce de discours; il finit par s'attendrir; il lui dit qu'il ne faisoit dans cette affaire qu'obéir, qu'il n'étoit que l'instrument, qu'il plaignoit son malheur... «Fieschi, dit Rinuccio, je suis près de ma mort; car je comprends bien que n'ayant pu me gagner, il faudra se défaire de moi; mais souviens-toi que je porte à l'autre monde une conscience intacte; les miens pleureront et vengeront ma mémoire; les hommes de bien me citeront quelquefois; tu ne sens pas combien cette idée est consolante! Fieschi, tu vivras longtemps et heureux, ta mort sera lente; mais à ton convoi funèbre: «Joie à la société, s'écrieront les spectateurs, elle est délivrée d'un méchant homme!» Rinuccio avait pressenti juste; il ne tarda pas à mourir de faim et de misère.

Peu de temps après, Giovan Paolo dut céder à Ambrogio Négri, et sa catastrophe mérita une statue à ce vainqueur génois.