«Le reconnais-tu, le reconnais-tu, cet anneau que jamais je n'ai quitté?--Oui, je le reconnais, bien-aimée; c'est lui que je te donnai dans un jour de bonheur.

«Mais comme tu es froide et pâle!--C'est la mer qui m'a faite ainsi, cher amour: toi, tu as vécu au milieu des joies de la vie; et moi, j'étais ici seule, toujours attendant, toujours pensant à lui.

«Chère épouse! ô toi qui si confiante as attendu ma venue, enfin nous voilà réunis; maintenant rien ne peut nous séparer, je ne le quitterai plus.

«Tant que durera le jour, je les parcourrai avec lui, ces ondes amies, et quand viendra la nuit, elle sera l'asile de mon sommeil, la grotte silencieuse.

«Ensemble à toute heure et pourtant nous désirant toujours, notre amour, né sur la mer, ne finira qu'avec la mer.»

Après avoir entendu cette fille des lagunes qui pour son noble amant veut séparer de ces jolies coquillages dont, enfant, elle avait, comme tous les enfants de Venise, formé de gracieux colliers; après avoir vu récompenser son fidèle amour par une éternelle union au sein de cette mer tant aimée de tout Vénitien, suivons la capricieuse imagination du poète en Espagne, où il a trouvé une de ses plus originales ballades. Mais comment rendre l'harmonie de ce rhythme si parfaitement adapté au sujet? C'est quelque chose qui rappelle le rhythme adopté par Byron dans Mazeppa: c'est le galop régulier du cheval qui doit emporter la belle Espagnole, et pas une minute l'esprit ne peut oublier le noble et fantastique animal qui se trouve ainsi le principal personnage de ce petit drame. Selon la manière d'un autre grand poète, Goethe, dans plusieurs de ses adorables ballades, la pièce n'a pas de dénouement, et le lecteur peut le faire riant ou terrible à volonté.

LE CHEVAL D'ESTRAMADURE.

«Un indomptable destrier bal les plaines de l'Estramadure; le royaume en est en deuil, et ducs, chevaliers et princes, tous ont peur du fier animal.

«--Qui lui mettra le frein et la selle, je le jure, pour peu qu'il soit chrétien, celui-là sera l'époux d'Isabelle, il deviendra gendre du roi.--

«Tel est le ban que, par ordre du monarque, un héraut va proclamant de contrée en contrée; mais depuis six mois il est proclamé et il n'a pas paru encore le brave qui doit gagner le prix.