«Le héraut a vu la Castille et Grenade, il a visité Cadix et Séville, il a traversé le Tage et le Douro. «Vainement il a proclamé son ban sur les places d'Oviédo et de Pampelune, vainement il a vu et la Murcie, et l'Aragon et le beau sol catalan.
«Mais un jour voilà que se présente un obscur Biscayen, et cet homme pauvre, riche de son seul courage, offre de lutter contre le sauvage coursier.
«Les grands étonnés raillent son audace. «Bonhomme, disent-ils, prends l'étrille; sans elle que peut un homme de ta sorte en semblable affaire?»
«L'étranger ne répond rien; il renferme au dedans de lui sa trop juste colère; il attend, et après une longue attente, on l'introduit devant le roi.
«Il se découvre d'abord; puis, s'adressant respectueusement au monarque: «--La proclamation que j'ai entendue plusieurs fois est-elle fidèle, ô roi?
«Celui qui mettra le frein et la selle à un coursier qui épouvante le royaume, celui-là sera-t-il l'époux d'Isabelle, deviendra-t-il gendre du roi?
«--Oui, dit le roi, tel est mon ban, et, je le jure, telle sera la récompense du vainqueur, pourvu qu'il adore notre Dieu.--
«Et le souverain avait à peine fini de parler, que déjà le brave inconnu était sur le chemin où se montrait le plus souvent l'indomptable coursier.
«Il y marchait depuis peu de temps, lorsque sous de rapides bonds il entend retentir la terre; le peuple fuit épouvanté et le laisse seul avec l'être mystérieux qu'il doit vaincre.
«Le soleil avait presque achevé sa course, et le roi, assis sur la terrasse, parlait ainsi à sa fille assise près de lui.