Un peintre, M. Amaranthe Rouillet, vient de résoudre le problème de la reproduction exacte des objets. Il a imaginé un appareil simple, très-portatif, commode et totalement différent de la chambre-claire, du diagraphe et du daguerréotype. Avec cet appareil, on peut, sans savoir dessiner, dessiner très-rapidement, à une échelle quelconque, un édifice en perspective, un paysage, une statue, et faire le portrait d'une personne avec une exactitude incroyable. Le crayon, la plume, le fusain, le pinceau, peuvent être mis indifféremment en usage. Le dessin est d'une exactitude miraculeuse, le portrait d'une ressemblance telle, qu'on reconnaît une personne vue par derrière, ou dont la figure est cachée. Les raccourcis les plus étonnants sont rendus complètement au moyen d'un simple trait. Un grand nombre de peintres ont vu les dessins de M. Rouillet et en ont été étonnés; tous ont avoué qu'il leur serait impossible d'atteindre à cette perfection dans la vérité des contours. La plupart désirent que son procédé entre dans le domaine public; quelques-uns voudraient qu'il restât secret: ce sont ceux dont tout le mérite consiste à faire des yeux, des oreilles, des bras et des jambes dans les proportions voulues; copistes d'académies, qui sont aux véritables artistes ce que l'ouvrier statuaire, dont nous parlions tout à l'heure, est au sculpteur.

Le procédé de M. Rouillet, utile aux artistes, sera un service immense rendu aux savants, aux voyageurs, aux artisans, aux décorateurs et aux mécaniciens. Pouvoir reproduire fidèlement, facilement et rapidement tous les objets de la nature et de l'art, est un bienfait dont la société tout entière lui sera reconnaissante. Le dessin suivant a été fait en deux minutes: il représente l'enfant de l'auteur, modèle bien remuant, posant mal, et qu'on a dû saisir, pour ainsi dire, au vol pendant qu'il attendait sa soupe. Toutes les personnes qui comprennent la nature seront frappées de la vérité naïve de cet ensemble, et ceux qui ont vu le petit modèle le reconnaîtront à l'instant. Faisons des voeux pour que la découverte de M. Rouillet, fruit de cinq ans de méditations assidues et d'essais multipliés, soit portée à la connaissance du public. Diminuer les difficultés matérielles de l'art pour faire une place plus large aux sentiments et à l'imagination, ce n'est point diminuer le mérite de l'artiste, c'est au contraire diriger toutes ses facultés vers l'étude du beau et l'intelligence du sujet, dans la disposition des personnages, l'expression des sentiments, l'harmonie des couleurs et la traduction poétique des beautés de la nature.

Industrie.

LE SUCRE DE CANNE ET LE SUCRE DE BETTERAVE..

I.

Production de la Canne et fabrication du Sucre.

La canne à sucre paraît originaire de l'Orient, où elle peut se reproduire par semence. Dans les autres pays, on a adopté l'habitude de la planter par boutures, et elle pousse ainsi d'une manière surprenante.

Dans l'Inde, chaque bouture donne trois à six cannes, qui, lorsqu'on les coupe, ont de deux à trois mètres de hauteur et vingt-cinq à trente millimètres de diamètre. On les plante vers la fin de mai, et la récolte se l'ail environ neuf mois après leur plantation, c'est-à-dire vers janvier et février. Il existe plusieurs variétés de cette plante précieuse. On en compte trois principales: la canne du Brésil, qui, quoique venue originairement de l'Asie, a reçu ce nom parce qu'elle était arrivée aux Antilles en passant à travers le Brésil; la canne d'Olahiti, la plus robuste, celle qui fournit le plus de sucre, et la canne à sucre violette, connue sous le nom de Batavia.

Les cannes viennent ordinairement, dans les Antilles, de boutures et de rejetons. Les premières ne peuvent généralement être coupées avant quinze ou seize mois, tandis que les secondes le sont d'habitude de onze à douze. Les mois de février, mars, avril et mai, sont ceux employés à la coupe et à la récolte. L'abattage des cannes est en général une opération longue, difficile, coûteuse, et qui nécessite l'emploi d'un personnel considérable. D'abord toutes les cannes ne parviennent pas ensemble à la maturité, et même les parties d'une même tige ne mûrissent pas toujours au même moment. La coupe d'une plantation peut donc ainsi durer trois mois; car il faut n'abattre à la fois que la quantité de cannes qui peut être immédiatement broyée par le moulin: sans cette indispensable précaution, le sucre qu'elle contient entrerait rapidement en fermentation. Il en serait de même du jus, si on ne se hâtait de l'employer. Ce jus, ou plutôt ce suc susceptible de se convertir en sucre, est ce qu'on appelle vesou.