M. Félix Voisin, qui, depuis treize ans, s'occupe de cette grave question avec un zèle digne des plus grands éloges, s'est empressé de réunir tous les matériaux scientifiques qu'il possède sur la matière, et d'exposer le plan qu'il a suivi et qu'il se propose de suivre encore dans l'intérêt des enfants idiots. En publiant ces documents, «il espère, dit-il, pouvoir démontrer que les médecins de l'époque actuelle ne sont point restés sans action devant les enfants qui, d'une manière ou d'une autre, sortent de la ligne ordinaire, et qui, par cela même, tant pour eux que pour la société, ont, en général, besoin,--selon les expressions de Montaigne,--d'être ployés et appliqués au niveau de la générale et grande maîtresse, la nature universelle. Dans cette oeuvre de science et de philanthropie, les médecins ne se sont laissé devancer par personne; ils ont les premiers fait connaître ce que c'est que l'idiotie, et expose les principes et indique les méthodes propres à modifier la constitution instinctive intellectuelle, morale et perceptive des enfants qui ont le malheur d'en être atteints.»

La brochure de M. Félix Voisin contient, entre autres documents curieux, un mémoire sur l'idiotie, donné à l'Académie royale de Médecine, le 24 janvier 1843, et une analyse psychologique de l'entendement humain chez les idiots.»

Rapport annuel sur les Progrès de la Chimie, présente le 31 mars 1842, à l'Académie royale des Sciences de Stockholm; par J. Berzélius, secrétaire perpétuel. Traduit du suédois par Ph. Plantamour (3e année). 1 vol. in-8 de 336 pages.

--Paris, 1843. Fortin, Masson et comp. 5 fr.

Il suffit d'annoncer la publication d'un pareil ouvrage pour appeler sur lui l'attention publique. Son titre indique son but et son utilité; le nom de l'auteur est une garantie de son importance et de sa valeur M. Berzélius a divisé son rapport en quatre grandes parties: chimie inorganique, chimie minera logique, chimie organique et chimie animale. Il passe successivement en revue, dans la première partie, les phénomènes physico-chimiques en général, les métalloïdes et leurs combinaisons binaires, les métaux, les sels, les analyses chimiques et les appareils;--dans la seconde, la loi de symétrie des cristaux, les minéraux nouveaux, les minéraux connus non oxydés, les minéraux oxydés, les minéraux d'origine organique; la troisième partie comprend les acides organiques, les bases végétales, les matières indifférentes, les huiles grasses, les huiles essentielles, les résines, les matières colorantes, les matières cristallisées propres à certains végétaux, les matières végétales non cristallisées, les produits de la fermentation alcoolique, la fermentation acide, les produits de la putréfaction et les produits de la distillation sèche, etc., etc.;--enfin, la quatrième partie est consacrée à l'examen de tous les phénomènes de la chimie animale, qui ont fourni quelques observations curieuses durant le cours de l'année 1842.

Un autre Monde, Transformations, visions, incarnations, excursions, locomotions, explorations, pérégrinations, stations, folâtreries, cosmogonies, rêveries, lubies, fantasmagories, apothéoses, zoomorphoses, lilliomorphoses, métamorphoses, métempsycoses et autres choses; par Grandville.--Paris, 1843. Fournier, libraire-éditeur. 1 vol. petit in-4, paraissant en 56 livraisons d'une feuille, comprenant du texte et 4 ou 5 gravures et un grand sujet tiré à part et colorié. Prix de la livraison: 50 c. (8 ont paru.)

Le titre et les nombreux sous-titres de cet ouvrage indiquent d'avance au lecteur, ou plutôt au spectateur, qu'il va voir des choses étranges et surnaturelles. Un autre Monde, ce n'est pas le monde que nous habitons, ce n'est pas non plus l'autre monde, celui que nous devons, selon certaines religions, habiter après notre mort, c'est un monde tout autre, dont nul être vivant n'avait pu jusqu'à ce jour soupçonner l'existence. Grandville l'avait enfanté, il y a longtemps déjà, dans les profondeurs mystérieuses de son imagination; et il commence, depuis quelques mois seulement, à nous initier peu à peu aux secrets de cette création nouvelle. Nous n'en connaissons encore,--il est vrai,--qu'une très-faible partie; mais notre curiosité est vivement excitée; les révélations déjà faites par le poète-dessinateur sont tellement bizarres, que nous attendons avec une impatience enfantine celles qui doivent suivre bientôt. Grandville est, sans contredit, le dessinateur le plus extraordinaire et le plus original de notre Monde. Ce qu'il avait fait pour les animaux, il essaie de le faire pour les objets inanimés, pour les végétaux; il leur donne une figure humaine. Jetez les yeux sur les premières livraisons de L'autre Monde, qu'y voyez-vous? des machines à vapeur qui font de la musique, des maillots qui dansent, des plantes qui se battent ou qui se réveillent au matin d'un beau jour. Cette tentative sera-t-elle aussi heureuse que les précédentes? c'est ce que nous apprendrons aux lecteurs du bulletin bibliographique de l'Illustration, dès que les trente-six semaines, nécessaires au créateur de l'autre Monde pour achever son oeuvre, seront écoulées. En intendant cette époque fatale, applaudissons aux efforts de Grandville, soutenons son courage, et promettons-lui un succès complet.

Fables: par M. Viennet, l'un des quarante de l'Académie française.--Paris, 1843. 1 vol. in-18. 5 fr. 80 c.

M. Viennet a exercé un grand nombre de professions: d'abord il devait être l'un des curés de Paris, la Révolution de 1789 le força de devenir un artilleur de marine; sous la Restauration, il fut nomme député; la Révolution de Juillet en a fait un pair de France et un académicien. Mais, dans quelque position que le sort l'ait place, M. Viennet n'a jamais cessé d'être ce qu'on appelle vulgairement un homme de lettres, car il est né, comme il l'avoue lui-même, «avec un prodigieux amour pour la gloire sans alliage du lucre.» Son ambition était attachée à une idée fixe. Il ne tenait nullement à être un César ou un Richelieu; si Dieu le lui eût proposé, il ne répond pas qu'il l'eût accepté: c'est à la gloire des poètes qu'il visait. Une statue de Corneille, de Molière, de Voltaire, le tenait un extase. Il lui importait fort peu que l'histoire parlât de lui à la postérité, c'était lui qui voulait parler par ses ouvrages aux générations futures. L'idée de voir ses livres entre les mains d'un homme qui devait naître dans trois ou quatre siècles, le faisaient bondir de joie comme un enfant.

Entraîné par cette passion fatale, M. Viennet s'est rendu coupable de bien des péchés littéraires; il a fait des comédies, des tragédies, des poèmes, des épîtres, des dialogues, des épigrammes, des histoires, des opéras-comiques, etc.; aussi passa-t-il tour à tour--pour nous servir de ses propres expressions,--du Capitole à la roche Tarpeienne, du Panthéon aux Gémonies. Aujourd'hui il publie un recueil de fables, et les rieurs se rangent de son côté. Oubliant qu'il s'est un peu moqué d'Arbogaste et de certaines épîtres, le public lit avec un véritable plaisir ces charmants apologues satiriques, qu'un homme qui naîtra dans trois ou quatre siècles tiendra peut-être encore un jour entre ses mains. Que M. Viennet soit donc heureux, si l'histoire ne parle pas de lui à la postérité, il doit espérer de parler au moins par ses fables aux générations futures.