Un jeune homme de dix-huit à vingt ans, qui a déjà subi plusieurs condamnations et qui a été arrêté une quatrième fois en flagrant délit de vol, qui se glorifie de son crime, qui insulte la justice; car il se sent lui-même aussi indigne de pitié qu'il est incapable de se repentir et de se corriger;
Un pauvre petit enfant étranger, accusé d'avoir mendié, qui s'avoue coupable et qui promet de ne plus recommencer si on l'acquitte;
Des enfants vagabonds que leurs parents ne viennent pas réclamer parce qu'ils sont trop pauvres pour pouvoir les nourrir, ou parce qu'ils ont vainement essayé de vaincre leurs mauvais penchants;
Un ouvrier dont l'ivresse a fait presque un meurtrier;
Une femme adultère et son complice.
Toujours le vice ou la misère! toujours des malheureux qui n'ont pas de moyens d'existence ou qui ne vivent que du produit de leurs vols! Qu'on cesse donc de regarder la police correctionnelle comme, l'un des théâtres les plus curieux et les plus agréables de Paris; ce ne sont pas des distractions qu'il faut y venir chercher, ce sont des leçons. Toutes les classes de la société y en trouveront: des ouvriers verront avec un effroi salutaire les terribles conséquences qu'entraînent d'ordinaire après elles la paresse, l'imprévoyance et la débauche; une partie de la bourgeoisie y rougira peut-être de son égoïsme, elle comprendra qu'elle a de grands sacrifices à faire; qu'au lien d'essuyer en passant quelques larmes, elle doit s'efforcer d'en tarir la source; que ce n'est pas seulement le mal présent, mais plus encore le mal futur qu'il importe de guérir.--Si cet infortuné qui vient s'asseoir sur ce banc de honte pour s'entendre condamner à cinq années d'emprisonnement était né dans la même position sociale que ses juges ou que son défenseur, s'il avait reçu une meilleure éducation, il serait peut-être resté toute sa vie un honnête homme. Mais à peine sa mère l'eut-elle mis au jour, elle l'abandonna; personne ne lui a donné un sage conseil; il n'a jamais en sous les yeux que de mauvais exemples; il voudrait travailler, mais on ne lui a pas appris un état; tous les ateliers sont fermés pour lui. Le besoin le détermine à commettre un premier vol; malheureusement on le surprend en flagrant délit, on l'arrête, on le juge, on le condamne, on l'enferme avec d'autres malfaiteurs. Si courte que soit sa peine, quand il l'aura subie, il sera perdu sans ressource.
C'est donc parfois un devoir pour la presse de raconter, mais sans y rien ajouter, sans en rien retrancher, quelques-uns des petits drames qui se jouent journellement aux audiences de la police correctionnelle. Outre l'intérêt bien naturel qu'ils inspirent, ces récits renferment d'utiles enseignements que l'écrivain doit s'attacher à signaler à l'attention publique. Il y a certaines gens, assez honnêtes d'ailleurs, que le mot seul de morale fait bailler d'ennui; ils ont le vice en horreur dans leur vie privée, mais ils le trouvent amusant dans les journaux. Suivant eux, la littérature et les beaux-arts ne doivent se proposer qu'un but, celui de plaire, comme si l'humanité avait été créée uniquement pour se divertir. Il y aurait du courage à résister à ces erreurs du goût public, à réagir, à ne pas mentir pour plaire, à ne pas exciter le rire avec le récit de faits qui ne doivent jamais exciter que l'indignation ou la pitié. La presse a une mission plus noble à remplir: instruire et moraliser, telle est sa devise; qu'elle y reste toujours fidèle désormais, elle ne tardera pas à reconquérir l'influence qu'elle a perdue.
Ajoutons toutefois que la seconde partie d'une audience de la police correctionnelle ne ensemble en rien à la première. Le drame fini, la comédie commence. Après les affaires des détenus ou des individus qui ont obtenu leur liberté provisoire sous caution, mais qui sont également poursuivis à la requête du ministère public, viennent les causes dites entre parties. Certaines classes de la population parisienne font un abus vraiment extraordinaire du droit de citation directe, droit que le législateur aurait cependant tort d'abolir. Les juges sont doués d'une patience évangélique. Que de petites passons se démènent chaque jour autour de ce tribunal! que de ridicules s'y étalent avec orgueil! que de sottises s'y débitent! que d'esprit s'y dépense inutilement! Il y a là des peintures de moeurs et de caractères assez vives et assez divertissantes pour qu'il soit inutile ou même fâcheux de les convertir en charges. Il faudrait se contenter de présenter le miroir à ces scènes de comédie, et ne les point affaiblir, les dénaturer, en les parodiant.
DES CIRCONSTANCES ATTÉNUANTES.
L'application des circonstances atténuantes en matière criminelle n'est pas, en général, parfaitement appréciée par tous les esprits. Les effets de ce système sont surtout inexactement jugés. Quelques verdicts du jury ont fait penser qu'il abusait de la faculté mise à sa disposition. Les expressions mêmes de la formule qui exprime cette faculté lui ont nui dans l'opinion publique; on a été porté à en induire que la répression ressentait une certaine mollesse, la justice pénale quelque relâchement. Quelques magistrats ont même déjà manifesté des alarmes. Cette idée, qui se fonde sur de vagues préoccupations ou sur des actes isolés, mais non sur les faits généraux, n'est nullement fondée; elle a été réfutée récemment par un savant criminaliste, M. Faustin Hélie, dans la Revue de Législation, et il nous a paru curieux et utile d'emprunter à cette dissertation quelques observations qui sont de nature à éclairer cette question morale et pratique et à rectifier des jugements conçus peut-être avec quelque légèreté.