L'Avertissement de ce second volume porte une accusation très-grave contre M. Champollion-Pigeac, conservateur en chef des manuscrits de la Bibliothèque royale. Lorsque M. Génin travaillait à son premier volume, il découvrit par hasard l'indication de cette correspondance dont les catalogues ne parlaient pas. M. Champollion nia audacieusement pendant plusieurs mois l'existence de ce manuscrit, lequel, après l'impression du volume, fut, grâce à un second hasard, trouvé caché dans l'armoire où M. Champollion-Pigeac serre ses papiers (p. VIII.) Encore, M. Champollion ne voulait-il pas se dessaisir du volume! Il fallut que, sur la plainte de M. Génin, le ministre de l'Instruction publique donnât un ordre formel. Cet avertissement fut réimprimé tout du long dans un journal, avec le défi à M. Champollion de répondre. M. Champollion en effet garda le silence. Mais il vient de solliciter et d'obtenir pour son fils, M. Aimé Champollion, la commission de publier un choix de pièces inédites du règne de François Ier. L'abus d'autorité que lui reproche M. Génin se réduit donc à un trait de prévoyance paternelle; mais il est bon que le public studieux qui fréquente les bibliothèques soit mis sur ses gardes et sache à qui il a affaire.

Histoire et description des voies de communication aux États-Unis, et des tracaux d'art qui en dépendent; par Michel Chevalier. 2 gros vol. in-4º, avec un atlas in-fol. renfermant 25 gravures sur acier.--Paris, 1840, 1841 et 1843. Gosselin.

M. Michel Chevalier a divisé cet important ouvrage en six parties. Dans la première il jetait un coup d'oeil rapide sur la topographie et sur le climat des États-Unis; puis, traitant des premiers essais de travaux publics, il donnait un aperçu général des divers plans qui ont été proposés pour un système général de communications.--La seconde partie était consacrée à l'étude des lignes tracées de l'est à l'ouest au travers des Alleghanys, ou entre le littoral de l'Atlantique et la vallée centrale de l'Amérique du Nord.--La troisième comprenait les communications entre le bassin du Mississipi et celui du Saint-Laurent. Avec cette troisième partie se terminait la première moitié du second volume, publié en 1841.

La seconde moitié du tome deuxième, mise en vente le mois dernier, complète la troisième partie, et traite en outre des communications du nord au midi, le long de l'Atlantique (quatrième partie), des lignes qui rayonnent autour des métropoles (cinquième partie) et des lignes établies autour des mines de charbon (sixième partie). A une récapitulation générale des canaux et des chemins de fer de l'Amérique du Nord succède enfin un intéressant appendice sur la construction des ponts en Amérique.

Le plus grand éloge que l'on puisse faire d'un pareil travail, c'est d'essayer de prouver son importance et son utilité. Or si, pour se rendre compte de la richesse comparative de l'Union-Américaine en voies de communication perfectionnées, on rapproche les nombres exposés dans la récapitulation générale de M. Michel Chevalier des chiffres qui représentent la superficie territoriale et la population du pays, on arrive aux résultats ci-après:

L'étendue territoriale de l'Union-Américaine étant de 26,700 myriamètres carrés, et la population, telle que l'a constatée le recensement de 1840, de 17,069,453 habitants, la longueur des canaux et des chemins de fer, qui correspond à un myriamètre carré et a un million d'habitants, sera exprimée par les chiffres suivants:

1º En comptant les 24,794 kilom. 50 que possédera l'Union après l'achèvement des travaux en cours d'exécution:

Canaux. Chem. de fer. Totaux.
Kilom. par myriamètre carré. » 41 » 59 1 »
Kilom. par million d'habitants. 597 » 836 » 1,453 »
2º En comptant seulement les lignes ou portions de ligne présentement
achevées et livrées au commerce:
Canaux. Chem. de fer. Totaux.
Kilom. par myriamètre carré. » 26 » 28 » 54
Kilom. par million d'habitants 409 » 399 » 808 »

En tenant compte des canaux ou des chemins de fer pour lesquels, au 31 décembre 1842, avait été obtenu un vote législatif accompagné d'une allocation de fonds, la France possède 4,3.0 kilomètres de canaux achevés ou à achever, et 1.7.10 kilomètres de chemins de fer dont près de la moitié est terminée ou près de l'être. C'est un total de 6,075 kilomètres répartis sur une superficie de 5,277 myriamètres carrés que recouvrait, en 1840, une population de 34.500.000 âmes.

Le royaume-uni de la Grande-Bretagne et de l'Irlande est en possession de 8.500 kilomètres de canaux tous achevés, et de 3,600 kilomètres de chemins de fer, presque tous dans le même état, distribués sur une superficie de 3,120 kilomètres carrés, sur laquelle était répandue, en 1840, une population de 27,000,000 d'âmes.