Ainsi la proportion relative à la population, celle qui peut le plus exactement exprimer la puissance productive comparative de chacun des trois pays en voies de communication perfectionnées, représente aux États-Unis, pour les canaux, quatre fois celle de la France, et, pour les chemins de fer, dix-sept fois. Comparativement à la Grande Bretagne, où les voies perfectionnées ont acquis un beaucoup plus grand développement que chez nous, la richesse de l'Union-Américaine excède celle du Royaume-Uni, pour les canaux, dans le rapport de trois et demi à un, et, pour les chemins de fer, dans celui de six et demi à un.
Il est vrai qu'aujourd'hui les États-Unis sont arrêtés dans leur magnifique essor créateur, tandis que l'Angleterre et la France poursuivent imperturbablement leur oeuvre, et personne ne saurait prévoir en quel instant ils pourront le reprendre quand ils seront en mesure de terminer ce qu'ils avaient commencé avec un si admirable ensemble.
Journal des Economistes revue mensuelle de l'économie politique, des questions agricoles, manufacturières et commerciales.--Paris, année 1842.--3 beaux volumes in-8. Prix: 30 fr. par an.--Guillaumin.
Le succès toujours croissant qu'obtient ce recueil prouve qu'il s'appuie sur une idée juste et qu'il satisfait à un besoin réel. A aucune époque, en effet, il ne fut plus utile d'étudier, avec une entière liberté d'esprit, les questions d'intérêt public livrées à la discussion quotidienne, et dans lesquelles il se mêle aujourd'hui tant de passion et de calcul personnel. Au milieu du choc et de la divergence des opinions, la voix de la science peut seule être prépondérante, et ainsi s'explique la faveur qui s'est attachée, dès son début, à une publication créée sous les auspices et avec le concours des plus éminents économistes que possède la France, dans l'Institut et hors de l'Institut.
Le Journal des Économistes a commencé à paraître au mois de décembre 1842. Il forme déjà quatre beaux volumes in-8º, qui se vendent au prix d'abonnement. Ses rédacteurs habituels sont MM. Rossi, Blanqui, Louis Reyhaud. Horace Say, Wolowski, H. Passy, M. Pix, Moreau de Jonnès, Ramon de la Sagra. H. Dussard, etc. Comme on le voit par ces noms, il puise au sein même de l'Institut une partie importante de sa rédaction; mais il s'adresse en outre, sans esprit d'exclusion, à tous les hommes qui honorent et cultivent la science. Il a constamment tenu d'ailleurs plus qu'il n'avait promis. Chacune de ses livraisons voit se réaliser quelque amélioration nouvelle. Ainsi, une chronique mensuelle résume maintenant le mouvement des faits économiques. On y trouve toutes les nouvelles qui peuvent intéresser le commerce l'industrie et l'agriculture, des détails sur les projets de loi à l'état d'élaboration; enfin une revue rapide et substantielle de ce qui s'est accompli ou préparé dans la région des affaires. La bibliographie et le bulletin ont également reçu des développements nouveaux.
Fables de S. Lavalette, illustrées par Grandville.--Paris, Hetzel.
L'annonce d'un nouveau recueil de fables arrache toujours à ceux qui la lisent une exclamation involontaire. «Comment, s'écrie-t-on malgré soi, peut-on faire des fables après La Fontaine?» mais M. Viennet l'a dit avec raison: «Il y a bien long-temps qu'on n'écrirait plus en France si on avait peur d'aller se heurter contre un inimitable. Qui aurait osé prendre la plume après les grands auteurs du siècle de Louis XIV? Quel homme de talent, je ne dis rien de ceux qui n'en ont pas, ils osent tout, je parle de ceux dont le génie ou l'esprit n'étouffe point le sens commun, quel écrivain enfin eût osé faire des tragédies après Corneille et Racine, des comédies après Molière et Regnard, des sermons après Bossuet et Bourdaloue, des épîtres après Boileau, des fables après La Fontaine? Qui aurait osé imprimer ses lettres après madame de Sévigné?»
M. S. Lavalette a eu ce courage; il a osé faire des fables après La Fontaine, après Florian, et après M. Menuet. Il a publié un charmant recueil de cinquante apologues, écrits avec une pureté remarquable et pleins d'une malice charmante. Les portraits des principaux personnages de ces petits drames satiriques ont été dessinés par Grandville, qui, dans cette spécialité, laissera une réputation aussi effrayante pour ses successeurs que peut l'être celle de l'inimitable La Fontaine pour les fabulistes présents et futurs.
Notice statistique sur la Guyane française, avec une carte.--Paris, Didot, 1843.
La Société d'études pour la colonisation de la Guyane française vient de publier une Notice statistique sur la Guyane française, extraite de l'ouvrage général sur la statistique de nos colonies, imprimé en 1837-38 par le département de la Marine. Cette notice contient sur l'état présent, les ressources et les conditions climatériques de la Guyane, tous les renseignements désirables, on y a joint une carte où la circonscription de la Guyane française est tracée d'après les termes du traité d'Utrecht, sur lequel s'appuient les prétentions de la France dans la contestation des limites pendantes avec le gouvernement brésilien.