Chambre des Députés.
Pour qui arrive à la Chambre des Députés avec la résolution de ne voir que les faits actuel, sans la juger au point de vue du droit et de la théorie, l'audition des séances est encore un sujet de graves réflexions. Ces, hommes, à qui la loi a imposé le périlleux devoir de réglementer leurs semblables, ces hommes qui décident en dernier ressort de toutes les questions d'autorité et de liberté, de religion et de morale, d'économie politique et de droit public, du moins dans ce qu'elles ont d'extérieur, pour ainsi dire, et d'applicable à la vue des nations, ces hommes sont-ils par leurs lumières par leurs moeurs, tout à fait à la hauteur de cette mission redoutable? Ont-ils tous à un degré assez élevé l'amour dévoué de l'humanité, eux qui ont une tâche cent fois plus difficile et plus haute que de la gouverner; celle de la régler et de la conduire? Sont-ils tous mus par le sentiment religieux et éclairée de la marche incessante des hommes vers le mieux, sans lequel la loi étroite et injuste devient une barrière qui parque les peuples dans le malheur et dans l'ignorance, au lieu d'être la source féconde de leur amélioration dans la science du bien-être ou dans la science plus importante des moeurs? Il n'entre pas dans nos intentions de faire ici une satire trop facile et trop commune! Aucune malveillance ne nous anime, et ce serait sans vouloir diminuer en rien la sincérité, la dignité, ni les talents d'aucun des membres de la Chambre, qu'après nous être posé ces questions nous hésiterions à les résoudre par une heureuse affirmative. Il n'est que trop vrai que ce terne matérialisme, qui des doctrines philosophiques du dix-huitième siècle est aujourd'hui passé dans les moeurs, et qui forme comme la religion de nos contemporains, est trop fidèlement représenté à la Chambre par la majorité. Qui peut le nier? La majorité y est incrédule et indifférente. Les questions matérielles y ont le pas sur les questions morales: et qu'on ne dise pas que c'est là une nécessité de la politique pratique, une tendance utile qu'il faut encourager plutôt que la restreindre: car, encore qu'il soit hors de doute que les intérêts matériels d'un peuple sont dignes de toutes les méditations du législateur, il n'est pas moins incontestable que les questions d'intérêt matériel elles-mêmes sont susceptibles d'être traitées dans un esprit moral, que dis-je? ne peuvent être complètement et efficacement résolues que lorsqu'un esprit moral les a étudiées, éclairées, agrandies en les rattachant aux questions d'ordre supérieur, dont on ne les sépare jamais impunément. Or, c'est la ce qui manque surtout à la Chambre. Certains économistes peuvent se plaindre qu'elle n'apporte pas assez de lumières spéciales, qu'elle n'obéisse pas toujours dans ses décisions au mouvement progressif de la science contemporaine. Tout en admettant la justice de ces critiques, je dirais volontiers que ce ne serait là qu'un médiocre mal, qu'un mal pour ainsi dire inévitable. Les savants, comme les philosophes, vont toujours plus avant que leur siècle», et on ne peut faire un crime à celui-ci de ne les suivre qu'à pas inégaux. Mais lorsqu'à des lumières spéciales, même assez bornées, se joint un grand sens de la marche de l'humanité, une équitable conscience du droit et du devoir, tout se répare, tout s'accomplit dans une mesure suffisante, rien ne se déchire véritablement dans le tissu de cette grande trame dont Dieu a voulu que les siècles fussent les tisserands. Et, je le répète avec regret, c'est ce génie de l'ensemble, cette compréhension philosophique des choses, cette active et généreuse passion du bien public, ce sont toutes ces vertus essentielles du législateur qui sont souvent à désirer dans l'assemblée de nos représentants. On y est trop porté à n'imaginer que la politique consiste dans le dédain des grands problèmes de notre destinée, et se renferme tout entière dans je ne sais quelle prudence égoïste, quelle administration plus ou moins habile des intérêts de l'industrie, isolée de tous les autres mobiles de l'activité humaine On dira qu'il est impossible que les représentants d'une société engourdie dans le matérialisme aient un autre génie que le genre de la société qu'ils représentent. Sophisme, argument fataliste contre lequel doivent armer tous les nobles instincts. Sans doute il y a dans la loi du développement des peuples une force secrète qui les entraîne, mais cette force n'est pas irrésistible: mais les sociétés, comme les hommes, ne sont elles-mêmes ce qu'elles sont, mais il leur reste toujours l'initiative morale et la puissance nécessaire pour l'accomplir. Que les députés se souviennent que c'est d'en haut que viennent les exemples puissants énergiques, invincibles pour les masses; qu'ils se fassent la généreuse avant-garde de toutes les idées de civilisation, de morale, de droit, d'équité, d'amélioration du sort des classes souffrantes, et, quel que soit le sommeil qui s'est appesanti sur les âmes, le concours de la nation ne leur faillira pas. Nous sommes toujours les fils de ceux qui mouraient pour sauver l'intégrité du pays après avoir fondé sa liberté politique: et jamais les lois de l'honneur, du courage, de l'humanité et du patriotisme, ne seront invoqués avec sincérité et conviction sans éveiller aussitôt dans toutes les fibres de la France un long et immense frémissement.
Femmes Françaises
AUTEURS DRAMATIQUES.
La critique, s'occupant à l'avance de la tragédie de Judith, tombée lundi dernier au Théâtre-Français, s'étonnait qu'une femme osât aborder le théâtre, et prétendait qu'une telle hardiesse n'avait pas d'exemple dans notre histoire littéraire. Une simple nomenclature prouve que la tragédie nouvelle n'est pas sans antécédents.
La première femme dont il soit parlé dans l'histoire de notre théâtre est Marguerite ne Valois, soeur de François Ier et femme d'Henri d'Albret, roi de Navarre; elle mourut âgée de cinquante-neuf ans, le 18 décembre 1549. Il nous reste d'elle des mystères, des comédies et des farces: les Innocents, la Nativité de Jésus-Christ, l'Adoration des trois Rois, le Désert, la Farce de trop, prou, peu, moins.
Louise Labé, connue sous le nom de la Belle Cordière, suivit de près la reine de Navarre; célèbre par sa beauté et son esprit, elle était encore renommée comme musicienne. Entre autres ouvrages, elle a composé une espèce de drame intitulé: le Débat de la Folie et de l'Amour, où La Fontaine a puisé le sujet d'une de ses plus jolies fables.
Madeleine Desroches et sa fille Catherine Desroches parurent vers la même époque. Dans leurs Oeuvres poétiques imprimées à Paris en 1578, on trouve Tobie, tragi-comédie, et une pastorale à six personnages; on a aussi imprimé sous leur nom la tragédie de Panthée, jouée par les comédiens de l'hôtel de Bourgogne; mais on attribue généralement cette pièce à Jules de Guersans, avocat au parlement de Rennes, amant malheureux de Catherine Desroches.
Pendant le fameux siège de La Rochelle, en 1573, sous Charles IX, les assiégés, qui se comparaient volontiers, dans leur campagne biblique, au peuple fidèle de Bethulie, accueillirent avec enthousiasme une tragédie d'Holopherne. Cette pièce, qu'il serait sans doute curieux de comparer avec la Judith de madame de Girardin, était aussi l'oeuvre d'une femme, épouse d'un des chefs du parti calviniste, de Catherine de Parthenay, vicomtesse de Rohan.