M. Victor Schoelcher n'a traité avec une étendue suffisante qu'une seule des deux graves questions qu'il semblait se proposer de résoudre. Sans doute, dans son introduction, il indique en passant quelques moyens de régénérer les colonies; mais la pensée qui le préoccupe avant toutes les autres ne lui permet pas de s'arrêter longtemps à ces préliminaires.--L'auteur des Colonies françaises est le plus sincère et le plus zélé de tous les abolitionnistes français. Ce grand acte d'humanité et de justice auquel il a consacré sa fortune et sa vie entière,--l'émancipation des noirs,--il désire si ardemment le voir s'accomplir, qu'il lui tarde, dès les premières lignes, d'appeler l'esclavage dans la lice et de lui déclarer une guerre à mort.
D'abord M. Victor Schoelcher examine la condition présente des nègres, En les suivant dans les diverses phases de leur existence actuelle, il espère pouvoir préjuger de leur existence future, et trouver la solution du problème colonial.--Puis, cette étude achevée,--et elle a été faite d'après nature sur les lieux mêmes, --il expose et réfute l'opinion des créoles sur la nature de leurs esclaves noirs; il signale l'existence et les effets déplorables du préjugé de couleur--Le terrain ainsi exploré, il y marche suis trop de crainte de s'égarer, et il aborde la question de l'esclavage.
Après avoir longuement discuté les divers moyens proposés pour amener l'abolition de l'esclavage, M. Victor Schoelcher déclare que, dans son opinion, celui qui offre le plus de chances favorables est l'émancipation en masse pure et simple.» Cette émancipation, dit-il, a pour elle la convenance, l'utilité, l'opportunité; ses résultats immédiats seront pour les nègres faits libres; la probabilité de ses heureuses conséquences finales doit fixer les colons sur la réalité de ses avantages. Il n'est pas vrai que le travail libre soit impossible sous les tropiques; il ne s'agit que de savoir déterminer les moyens de l'obtenir. Toute la question se réduit donc là: organiser le travail libre.»
En conséquence, M. Victor Schoelcher expose dans le vingt-cinquième et dernier chapitre de son ouvrage un Essai de législation propre à faciliter l'émancipation en masse et spontanée. Sans doute il n'a pas la prétention de construire le code des provinces d'outremer; mais il manquerait de véracité, «s'il dissimulait sa confiance dans les moyens qu'il indique pour laver les terres coloniales de la tache qui les souille, sans mettre en péril leur société, pour substituer sans trouble, ou du moins sans violence, le brillant ordre libre à l'ignoble ordre esclave.»
Chants de l'Exil: par Louis Delattre. 1 vol. in-18. --Paris, 1843. Gosselin. 3 fr. 50 c.
La plupart des poésies contenues dans ce recueil sont nées sur la terre étrangère, en Italie, en Allemagne, en Belgique en Russie, et surtout en Suisse. «Elles sont, dit leur auteur, le fruit de mes voyages dans ces divers pays, et presque toutes ont été inspirées par le spectacle des grandes scènes de la nature.»
Les Chants de l'Exil se divisent en deux parties: la première et la plus considérable se compose de poésies objectives, narratives, épiques, légendes et ballades; la seconde contient les poésies intimes.
M. Louis Delattre prie la critique de ne pas condamner ses efforts, et le public d'accueillir avec indulgence ce volume, où il a jeté tout ce que son âme a d'énergie et de douleur, de colère et d'amour. Nous accédons d'autant plus volontiers à sa demande, que nous avons remarqué çà et là, en parcourant ce volume, des vers qui nous ont paru mériter nos éloges. Puisse le public se montrer aussi bienveillant, et recevoir avec reconnaissance les dons de M. Louis Delattre!--Nous nous bornerons à faire une seule observation, qui s'adresse généralement à tous les jeunes gens qui se prétendent poètes: pourquoi se croient-ils obligés d'imprimer tout ce qu'ils composent, et ne comprennent-ils pas qu'il faut songer quelquefois au fond autant qu'à la forme?--Quel mérite et quelle utilité y a-t-il à écrire et à publier des vers comme ceux-ci, par exemple, qui commencent la première strophe de la première pièce de Chants de l'Exil:
L'azur de l'éternelle voûte
Sourit à l'homme jeune encor,