«Je suis marié, reprit Burmin, marié depuis plus de trois ans, et je ne sais qui est ma femme, où elle est, et si jamais je la reverrai.
--Que dites-vous? s'écria Marie. Quelle étrange chose! Continuez, je vous en prie. Je vous raconterai ensuite ce qui m'est arrivé. Mais parlez.
--Au commencement de l'année 1812, reprit Burmin, je m'en allais rejoindre mon régiment à Wilna. En arrivant un soir très-tard au relais, je demandai qu'on attelât sur-le-champ les chevaux. Au même instant, il s éleva un tourbillon de neige terrible. Le maître de poste et ses gens me conseillèrent d'attendre. Je me rendis d'abord à leur avis, puis, impatient de continuer ma route, je voulus tout braver et je partis. Le postillon, pour abréger la route de quelques werstes, voulut traverser une rivière couverte de glace; il se trompa de chemin, et bientôt nous nous trouvâmes dans une plaine qu'il ne reconnaissait pas. Je vis de loin briller une lumière et lui ordonnai de se diriger de ce côté. Nous arrivâmes dans un village, où je vis l'église éclairée, les portes ouvertes, et quelques traîneaux devant lesquels se promenaient plusieurs personnes. «Par ici! par ici!» s'écrièrent quelques voix. J'avançai. «Au nom du ciel, me dit un inconnu, pourquoi donc es-tu si en retard? La fiancée s'est évanouie, le prêtre ne sait ce qu'il doit faire, et nous allions nous retirer. Allons, hâte-toi!» Je descendis de ma kibitka, enveloppé dans mon manteau, et j'entrai dans l'église. Une jeune fille était assise dans l'obscurité sur un banc, une autre, debout devant elle, lui frottait les tempes. «Dieu soit loué! dit celle-ci, vous voilà enfin. Ma pauvre maîtresse allait mourir.» Le prêtre s'approcha de moi et me dit: «Voulez-vous que je commence?--Oui.» lui répondis-je, l'esprit distrait. On aida la jeune fille malade à se relever. Elle me parut assez belle. Une légèreté incompréhensible et impardonnable m'entraîna; je m'avançai vers l'autel. Le prêtre fit quelques pas; les témoins et la femme de chambre n'étaient occupés que de la jeune fille. Un instant après nous étions mariés. «Embrassez-vous,» nous dit-on. Ma femme tourna vers moi son visage pâle; je voulus l'embrasser. «Grand Dieu! s'écria-t-elle, ce n'est pas lui!» Et elle tomba évanouie. Les témoins me regardèrent d'un air effaré. Je sortis de l'église, je remontai dans ma voiture et m'éloignai en toute hâte.
«Dieu du ciel! dit Marie, et vous ne savez pas ce qu'est devenue votre femme.
--Je ne sais pas même, reprit Burmin, le nom du village où cette cérémonie s'est faite. J'attachais alors si peu d'importance à ce sacrilège, que je m'endormis peu d'instants après être sorti de l'église, et que je ne me réveillai que le lendemain matin à trois relais plus loin. Le domestique qui m'accompagnait mourut pendant la campagne. Ainsi, il ne me reste nul espoir de retrouver la pauvre fille envers laquelle, je me suis rendu si follement coupable, et qui se venge si cruellement aujourd'hui.
--Dieu! Dieu! s'écria Marie en lui prenant la main. C'était donc vous? Et vous ne me reconnaissez pas?»
Burmin pâlit et se jeta aux pieds de sa femme.
Théâtres.
Théâtre-Français. Les Petits et les Grands, comédie en cinq actes, de M. Harel.--Théâtre de l'Odéon: Mademoiselle Rose; La Famille Renneville; l'Hameçon de Phénice.--Théâtre du Palais-Royal: La Fille de Figaro.--Théâtre de l'Ambigu: Eulalie Pontois.